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Mapuches

Lutte indigène au Chili et en Argentine

Le jeudi 23 janvier 2003.

Certains peuples n’en finissent pas de souffrir. Les Mapuches sont de ceux-là : depuis les Incas jusqu’aux États modernes, ils ont subi guerres et généocide. Et ils se battent encore !



Mapuche signifie gens (che) de la terre (mapu). Les Mapuches vivent dans les territoires actuels de la Patagonie argentine et chilienne. Ils sont plus de 300’000 en Argentine, particulièrement présents dans les provinces de Buenos Aires, La Pampa, Neuquén, Rio Negro y Chubut. C’est dans la province de Neuquén qu’ils sont les plus nombreux. Au Chili, ils sont plus d’un million, parmi eux 300’000 vivent encore dans les campagnes. Dans ces pays, ils sont nombreux à vivre dans les périphéries des capitales et autres grandes villes, dans une situation d’extrême pauvreté, victimes de l’alcoolisme. Ils étaient chasseurs-cueilleurs, et pratiquaient le nomadisme ; c’est pour cela qu’il ne reste rien de leurs maisons.

Bien avant la « conquête », ils eurent à se défendre de l’invasion des Incas ; ils disent avec orgueil qu’ils furent le seul peuple capable d’empêcher l’expansion de leur empire. Avec l’arrivée des Espagnols, la résistance fut très dure. Celui qui passe pour être le conquérant du Chili, Pedro de Valdivia, fut tué par Lautaro, un jeune Mapuche. Santiago del Chile fut détruite deux fois par les Mapuches. Leurs actions de guerre typiques passaient pour les Argentins et les Chiliens pour des vols sauvages, alors que pour eux il s’agissait d’actions de revendication de leur droit territorial. Ils prétendent qu’une de leurs dernières actions (« malones ») se fit autour de 1920. De fait, les Espagnols n’arrivèrent pas à les mettre en déroute, et durent signer un pacte, en 1641, selon lequel tout le territoire au sud de la rivière Biobio (Chili) était aux Mapuches. Et cette situation perdura jusqu’à la fin du XIXe siècle.

À peu près à la même période (1870-1880) se firent deux expéditions génocidaires par les armées argentines (« Conquête du désert ») et chilienne (« Pacification de l’Araucanie ») ; avec comme résultat de prendre les terres aux Mapuches et de tuer 800’000 d’entre eux. Par la suite, les miliciens et les propriétaires terriens se répartirent ces terres. Le siècle dernier fut caractérisé par de nombreuses dictatures et populismes, et les revendications ne furent pas écoutées. Il n’y eut qu’une période, brève, de vitalité durant la présidence de Allende, avec le projet de répartition des terres. Mais tout échoua avec Pinochet ; il s’opposa au concept de propriété communautaire des terres, créant les forts conflits qui existent aujourd’hui, entre Mapuches même.

Les organisations

Il faut faire particulièrement attention ; c’est qu’il est facile de se retrouver avec des politiques qui manipulent les gens pour leurs intérêts. Le problème c’est que la majorité (voire toutes) des organisations sont urbaines et ne vivent pas dans les campagnes. C’est pourquoi leurs manières de vivre et d’être est différente de ceux qu’ils représentent. En Argentine, il y en a qui vivent dans la périphérie de Buenos Aires ; et ce sont les pires, parce qu’ils se font toujours manipuler par les politiques en place. Il y a de grandes organisations ; la plus grande est la Coordinadora Mapuche Neuquina qui représente plus de quarante communautés. Son discours est un peu ambigu : d’un côté, ils demandent de l’argent, et de l’autre ils mènent des actions directes. Des jeunes de Neuquen constituèrent un groupe de soutien au peuple Mapuche, appellé Werken Kvrvf (messager du vent). La Coordination fit en sorte de les contrôler étroitement.

Il y a d’autres organisations mapuches en Argentine. Elles sont divisées et ne mènent pas une lutte unique. Par exemple, l’organisation Mapuche-Tehuelche du 11 octobre, de Esquel, et la communauté Pillan Mahuiza qui est à Corcovado (à 80 km d’Esquel et à 25 km de la frontière avec le Chili). La zone de Esquel (province de Chubut) est une des plus intéressantes pour les propriétés des Benetton. Les organisations au Chili (Gulu Mapu, terre de l’ouest) sont nombreuses. On peut dire que la plus importante est le Conseil de toutes les terres de Temuco (capitale de la ixe région) et dont le chef est Aucan Huilcaman, leader de diverses luttes. On peut citer aussi les communautés en conflit de Collipulli.

Une seule organisation refuse tout dialogue avec les institutions et affronte durement l’État chilien . Il s’agit de la Coordination des communautés en conflit de Arauco-Malleco. C’est que la répression au Chili est beaucoup plus forte qu’en Argentine, et ceci fait que les organisations les plus softs en arrivent à être plus dures. Il y a de nombreux prisonniers, les régions où il y a une forte présence mapuche (viiie et ixe régions) sont pratiquement en état de siège, avec suspension des garanties constitutionnelles. De plus, une forte campagne de presse signale - à tort - des relations entre Mapuches et ex-guérilleros et d’autres choses semblables. Les actions directes contre les entreprises forestières sont criminalisées et de nombreux politiques parlent de « cagoulés aux yeux bleus », pour signaler la présence d’étrangers.

Vers la radicalisation ?

Il s’agit d’une lutte qui d’un certain côté répond à nos critères : libertaire, antiautoritaire (on peut discuter sur les autorités traditionnelles, mais il semble que le concept d’autorité est distinct de celui qui existe dans nos sociétés occidentales), écologiste et communautaire. D’un autre côté, en considérant la forte consistance numérique des Mapuches et des discours qu’ils font, il y a un risque de dérive nationaliste, ethniciste, avec tous les dangers que cela entraîne. Il faut dire que cette dérive ne vient que lorsque l’on écoute les politiciens mapuches, et non les Mapuches eux-mêmes, ceux qui vivent dans les campagnes et qui n’ont pas de temps à perdre avec ces discours-là.

El Libertario

Racines

La structure sociale typique de ce peuple est le « lof » (communauté). Chaque « lof » a son « lonko » (maladroitement traduit par « personnage influent ») qui est l’autorité reconnue par toute la communauté. Le lonko peut aussi bien être une femme qu’un homme, et peut être destitué par la communauté si elle se rend compte qu’il ne représente pas les intérêts de toutes les personnes ; en même temps, il est possible de se transmettre cette fonction de père en fils. Certains disent qu’avant l’arrivée des Espagnols, il n’y avait jamais eu de lonko. Avec le lonko, il y a les « werken » (messagers) qui représentent la communauté et qui se réunissent avec d’autres werken d’autres communautés. Ensuite vient la « machi », autorité spirituelle, qui a la capacité de pratiquer la médecine naturelle.

Les anciens bénéficient d’une grande considération, à tel point qu’il y a des conseils des anciens. Il faut dire qu’il ne reste plus grand-chose de tout cela dans les communautés. Par exemple, il n’y a plus de machi en Argentine ; et il y en a peu au Chili. Les lonkos sont parfois ceux qui touchent des subsides des agences de l’État (INAI en Argentine, CONADI au Chili).


Comme toujours, les multinationales

Les principales, côté argentin (Puel Mapu, terre de l’est en mapuche) : les compagnies pétrolières et en premier lieu la Repsol-YPF, mais il y a aussi d’autres compagnies nord-américaines et françaises (Chevron). Exploitation de mines (canadiennes et autres) ; grandes propriétés, en particulier des Benetton. À propos de ces derniers, une campagne se met en place, parce qu’ils possèdent près de 1’000’000 d’hectares en Patagonie argentine. Et il y a une montagne de petits commerçants qui sont en train d’exploiter le territoire avec l’éco-etno-tourisme. Côté chilien, les problèmes les plus forts sont liés aux entreprises forestières, qui sont en train de détruire l’araucaria (une plante qui a aussi une valeur sacrée) pour la remplacer par des pins alpins et des eucalyptus. L’autre grand conflit, c’est celui de la centrale de Ralco. Les Mapuches, comme d’autres peuples originaires de la région, rejettent le concept de propriété individuelle, et luttent pour obtenir la propriété communautaire. Ce qui est généralement empêché au Chili, un pays qui ne reconnaît pas le traité 169 de l’Organisation internationale du travail.


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