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Finissons-en avec le capitalisme

Le jeudi 19 septembre 1991.

Ceux que le marxisme-léninisme a rendu orphelins seraient bien inspirés de se pencher sur un mode de socialisme trop peu utilisé : le socialisme libertaire. Fini le temps du communisme de caserne niant l’individu, place à la gestion directe de l’économie.



Il faudra bien un jour s’interroger sur les faillites du capitalisme libéral. En cette rentrée 1991 où le marasme social gagne, où le chômage atteint des sommets, il serait bon d’y réfléchir maintenant que nous voilà débarrassés du marxisme-léninisme.

Ce n’est pas la première fois dans ces colonnes que nous dénonçons les gâchis et les injustices produites par l’économie de marché. Y revenir, encore une fois, nous semble indispensable tant l’ampleur de ces inégalités s’étalent et s’avèrent plus criantes que jamais.

10 % de la population française possède 54 % du patrimoine, affirmait José Da Costa dans un précédent Monde libertaire. Aujourd’hui, on nous annonce une nouvelle aggravation du chômage : 42 600 chômeurs de plus en l’espace d’un mois, ceci sur un total recensé de 7 763 000. Cela représente 9,5 % de la population active.

Dans la même semaine, la presse annonce un déficit accru de l’assurance-chômage. Le trou de l’UNEDIC atteindrait 16 milliards de francs à la fin de 1992. On apprend que ce déficit est lié, évidemment, à la pénurie d’emplois, mais aussi à la stagnation des salaires. « La masse des salaires ne permet pas de renflouer les caisses [1]. » En d’autres termes, les salariés français ne sont pas assez payés. Ce qui est depuis longtemps une évidence, si l’on compare, à titre d’exemple, aux salaires versés outre-Rhin. L’Allemagne rémunère de 10 % à 30 % de mieux ses employés.

Du côté des jeunes, même galère. 14 % seulement accèdent directement à un emploi. Nous le savons, avec les femmes, les jeunes demeurent les plus touchés par le chômage. Lorsqu’ils ont la chance d’avoir une qualification, là encore leurs rémunérations tournent autour du SMIC. « Pour ceux qui ont un bac technologique : 4 800 FF/mois, un BEP : 4 600 FF/mois et entre 4 100 FF et 4 400 FF pour les jeunes sans diplôme ou de niveau CAP [2]. » Les patrons paient 6 000 FF net l’embauche d’un détenteur d’un DUT ou d’un BTS [3].

On pourrait multiplier les exemples. Allonger cette liste de chiffres. Y comptabiliser, outre les chômeurs hexagonaux, ceux des autres pays occidentaux. Sans oublier, bien sûr, les populations du tiers monde transformées dans cette logique en une main-d’œuvre corvéable à merci. Des populations obligées encore et toujours pour survivre à émigrer ou, à défaut, à mourir de faim, en leurs pays.

L’Histoire s’est arrêtée, nous dit-on. Non, l’Histoire se répète dans la douleur. La misère n’a jamais été une fatalité. Si le marxisme-léninisme a échoué dans son projet d’égalité économique et sociale, ce n’est pas pour autant que l’économie libérale soit une alternative heureuse. Bien au contraire ! Les chiffres sont là pour le rappeler, et pas seulement les chiffres !

Cette affirmation n’est pas nouvelle. Démontrer que le capitalisme est à combattre, cela ne relève pas du scoop. Par contre, il y a bien urgence, vue la conjoncture, à relancer la réflexion pour en finir aussi avec lui.

Il ne servira à rien de chercher des remèdes dans le cadre de l’économie actuelle. Les petits boulots ou les « emplois de proximité », chers à la CFDT ne régleront rien.

Les ministres successifs auront beau proposer, tous les quatre matins, des mesures spécifiques pour l’emploi, tant qu’ils resteront dans le créneau capitaliste ; la pauvreté aura encore la part belle pour longtemps !

François Mitterrand avouait lors d’une récente conférence de presse : « Je ne suis pas maître des courants économiques internationaux. » Évidemment, puisqu’il en est le modeste serviteur. Rien donc ne sera possible sans une transformation radicale des systèmes économique et politique. Pour mener à bien cela, il ne sert à rien de prêcher le « Grand soir », ou de tenter une « refondation » à la sauce marxiste. La seule alternative ne peut être que la recherche, forcément exigente, d’une économie totalement différente. Une économie basée sur une égalité effective. Cela est possible, malgré la complexité des sociétés contemporaines. Cette économie ne sera plus une économie d’accumulation ou de profits. Elle sera nécessairement distributive. On peut construire, dès maintenant, ce type d’organisation visant à une plus juste répartition des richesses. Cela ne relève pas de l’utopie mais d’une volonté politique. Sans cette volonté politique, il est bien évident qu’une telle réalisation ne pourra se réaliser. C’est en cela que le marxisme a échoué. C’est en cela qu’une alternative au capitalisme n’est possible que si la base politique qui sous-entend cette démarche économique difficile est fondée sur la gestion directe, animée sans hiérarchie aucune par tous les acteurs sociaux.

Là où le marxisme-léninisme et l’idéologie capitaliste se sont retrouvés, c’est bien sur cette question incontournable : le pouvoir et les inégalités qu’il engendre !

Pour nous débarrasser de cette économie, il nous faudra tenter d’appréhender ce que certains psychanalystes définissent comme le « discours du maître ». Cette difficulté qu’ont les hommes et les femmes à refuser les dieux et les chefs et envisager d’autres rapports que ceux qui leur sont imposés !

Sans cette approche individuelle, chère aux anarchistes, il sera impossible de construire collectivement une alternative crédible. Le rapport individu-collectif, la réflexion sur la vie en société, ses difficultés, ses contraintes, mais aussi son absolu nécessitent que « nous n’existions pas sans les autres ». Après la parenthèse marxiste-léniniste, ll faut tout reprendre à zéro. Le degré zéro du communisme libertaire !

Alain Dervin

[1Gérard Desportes, Libération du 10 septembre

[2FO-hebdo, n° 2090

[3FO-hebdo, n° 2090


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