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Rome 18 octobre 1997, l’opposition sociale mûrit

notes de voyage
Le jeudi 27 novembre 1997.

Contrairement à ce que l’ensemble des médias en France (et ailleurs aussi) tente de nous faire croire, tous les Italiens ne rêvent pas à une Europe libérale, et tous ne sont pas de bons élèves de Maastricht. Certes, le PDS (Parti de la gauche démocratique) et le PRC (Parti de la refondation communiste), qui détiennent le pouvoir actuellement, font leur possible pour respecter les fameux critères, jusqu’à imposer deux cent milliards de francs d’économies, touchant retraites, santé, éducation...

Cependant, et malgré le silence complet de la presse européenne, une manifestation contre cette politique anti-sociale s’est déroulée à Rome le 18 octobre dernier. 50 000 salariés se sont retrouvés à l’appel des syndicats alternatifs et de diverses organisations dont nos camarades de la FAI. Voici donc un compte-rendu effectué à partir d’un article réalisé par les camarades de la FAI de Turin, paru dans Umanita nova du 26 octobre.



La matinée du 18 octobre fut consacrée à l’accueil des différents syndicats alternatifs (CUB, UNICOBAS, COBAS, SdB) ainsi qu’à une introduction générale sur la situation politique. Il y a eu beaucoup de prises de parole en faveur de l’unité syndicale. Un pacte de consultation interconfédéral et intercatégoriel semble se faire jour. Walter Montagnali, pour le CUB, défend, avec plus de conviction que les autres, la volonté d’aller plus vite vers l’unification. Cela ne semble pas être une perspective réaliste pour le moment, pour de nombreuses raisons, mais elle est cependant très intéressante.

À 14 h 30, place S. Giovanni, le rassemblement commence. Des dizaines d’autocars amènent les manifestants. Peu à peu, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui occupent la place. La préfecture parlera de 20 000 manifestants alors que les organisations avanceront le chiffre de 70 000 personnes. Le journal Il Manifesto parlera de 50 000 manifestants. À noter que ce sera un des seuls journaux à parler de cette manifestation, pour les autres, c’est le silence. Le monde du syndicalisme alternatif n’existe pas !

En tenant compte du fait que le boycott médiatique avant la manif a été encore plus dur qu’il y a un an, que le 25 octobre Refondation communiste organisait une manifestation, et que l’Italie vient de sortir de plusieurs semaines de crise parlementaire (voir édito du ML n° 1098, Ndlr), il n’est pas excessif de parler d’un vrai succès sur le plan organisationnel. Du point de vue politique et syndical, cette manifestation montre que lorsqu’on se mobilise au bon moment, il existe en Italie une opposition sociale diffuse et relativement mais significativement en marge de la gauche parlementaire.

Nous devons tenir compte de cette réalité, si sur le terrain des idées libertaires nous voulons développer un travail de radicalisation conséquent de notre projet au sein de la lutte des classes. Un autre fait est à remarquer. L’absence des banderoles du PRC ou de toute autre référence explicite à ce parti.

Les nombreux électeurs inscrits et militants du PRC qui ont participé à la manifestation agissaient donc en dehors, si ce n’est encore en opposition... aux jeux des partis.

Concernant les centres sociaux, il faut noter qu’eux aussi étaient dans la rue avec les syndicats alternatifs, mais jouant sur deux tableaux, c’est-à-dire se revendiquant en même temps lieux de lutte mais aussi lieux de gestion du système actuel.

En ce qui concerne les libertaires en général et la FAI en particulier, les compagnons ont travaillé d’arrache-pied à la réussite de la manifestation, et leur présence a été visible et identifiable politiquement. Un signe, parmi mille difficultés, de bonne santé politique de notre mouvement, et de la capacité à saisir les contradictions politiques et sociales qui se développent de plus en plus. La manifestation a aussi été l’occasion de faire circuler le matériel militant, de prendre des contacts, pour se donner les moyens d’agir efficacement face aux enjeux politiques. Évidemment, beaucoup de questions restent ouvertes et il y a un travail important à faire, mais la bonne réussite du 18 favorise l’organisation des prochaines initiatives.

Le mot d’ordre de grève générale que nous avons lancé dans les pages d’Umanita nova a été repris par différentes interventions de la base, et c’est aussi un signe de la justesse de la position que nous avons défendue concernant la maturité de l’opposition sociale. Les moments de rencontre qui suivront la manif montreront aussi bien la prise de conscience de la bonne réussite du rendez-vous, mais aussi la perception que la redéfinition organisationnelle du syndicalisme alternatif adéquate à la situation n’est pas chose facile. J’ai eu l’impression que l’esprit de clocher des organisations restait vif. Mais c’est un autre problème qu’il faudra résoudre dans les lieux appropriés.

Extrait d’Umanita nova (26/10/1997)


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