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Hommage cénétiste à Federica Montseny

Nos ha dejado Federica (*)

Le jeudi 24 février 1994.

À cause d’ennuis de santé, notre camarade Abel Paz n’a pas eu le temps nécessaire de nous écrire l’hommage que méritait Federica Montseny.

Pour pallier ceci nous reproduisons un article écrit par Aimé Marsellan dans Le Combat syndicaliste n° 142 de février.



Le lundi 17 janvier 1994, à Toulouse, Gregorio Codina est tombé en prenant l’autobus. Il est mort quelques heures plus tard. C’était un de ces milliers de cénétistes espagnols anonymes qui ont construit et maintenu la plus formidable organisation anarcho-syndicaliste de l’histoire. Il se rendait aux obsèques de Federica Montseny.

Federica Montseny est née en 1905 à Madrid. Fille d’infatigables propagandistes des idées libertaires, sa vie commençait comme une véritable aventure. Sa mère se trouvait à Madrid pour rejoindre son compagnon, Juan Montseny, qui revenait d’exil sous le faux nom qu’il utilisera ensuite comme pseudonyme : Federico Urales. Federica Montseny n’ira pratiquement jamais à l’école, sa mère, Teresa Mañé, plus connue, elle aussi, sous le pseudonyme de Soledad Gustavo, est institutrice et assurera son éducation. La formation militante, il n’est pas besoin de la chercher ailleurs non plus. Soledad Gustavo et Federico Urales sont les animateurs depuis 1898 d’une revue de réflexion et d’analyse anarchiste, ouverte à tous les mouvements philosophiques, artistiques et sociaux : La Revista Blanca.

Federica a vingt ans quand elle commence une carrière de journaliste et d’oratrice qui vont en faire l’un des personnages les plus célèbres du mouvement libertaire espagnol. Car si ses parents sont libertaires, ils ne sont pas membres de la CNT. Federica, elle, va faire le choix de l’action syndicale. Dans une interview donnée pour le film de Richard Prost, Un autre futur, elle déclare : « Le facteur décisif qui m’a fait adhérer à la CNT, c’est peut-être la répression, ces quantités de camarades, d’ouvriers qui mouraient pour trois fois rien, pour le simple fait d’avoir des timbres de cotisation dans la poche, la brutalité avec laquelle on a voulu détruire la CNT, aussi bien à partir du gouvernement central — le premier ministre Dato a payé ce crime de sa vie — qu’à partir des bandes de tueurs et des gouverneurs militaires à la solde du patronat catalan. Tout cela a créé en moi ce dont a besoin un jeune pour se forger un idéal dans la vie : une mystique et le sentiment que mon devoir humain, mon devoir de personne qui ne voulait pas rester indifférente auprès d’une tragédie si terrible dans laquelle disparaissaient tant d’hommes, c’était de lutter auprès d’eux, de me joindre à eux. »

À compter de cette date, Federica Montseny sera présente dans tous les moments cruciaux de la vie de la CNT espagnole. Ce sont d’abord des prises de position dans l’hebdomadaire El Luchador au moment de la crise interne de 1931. C’est, en mai 1936, sa participation à la rédaction du Concept confédéral du Communisme libertaire au congrès de Saragosse. C’est la guerre civile, sa participation au gouvernement comme ministre de la Santé, la promulgation du décret déclarant l’avortement libre et gratuit, les événements de mai 1937, le long exil et le retour à Barcelone après la mort de Franco pour un meeting phénoménal à Montjuich devant plus de deux cent mille personnes. Pour notre part, nous n’oublierons pas, à la suite de l’interdiction par le gouvernement de de Gaulle des hebdomadaires de la CNT espagnole en exil CNT et Solidaridad Obrera, la collaboration entre CNT française et CNT espagnole dans le cadre de la publication d’Espoir, dont Federica Montseny assurait la rédaction.

Il y a un mythe Federica Montseny comme il y a un mythe Buenaventura Durruti. L’un c’était le bras, l’action directe et résolue. L’autre c’était la voix, la plume et la parole. Mais pour atteindre au mythe, l’un comme l’autre ont eu besoin du labeur quotidien d’une organisation puissante, incrustée dans les réalités sociales les plus profondes de l’Espagne. Même si des ennemis ont voulu en faire un personnage dirigeant, maître d’œuvre de la politique de la CNT, ceux qui ont connu de l’intérieur la CNT espagnole savent bien qu’elle n’y a pas pesé plus que nombre de militants dont l’histoire ne retiendra pas le nom.

A. M.

(*) Federica nous a quittés.


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