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éditorial du n° 1668

Le jeudi 12 avril 2012.

Il y a peu, certains des commentateurs patentés s’agitant autour du barnum qu’est l’élection présidentielle, s’étonnaient de ce que l’État n’ait pas, cette fois, organisé de grande campagne médiatique enjoignant le quidam à s’inscrire sur les listes et à se rendre aux urnes. « Quoi ? », bramèrent-ils en chœur, on voudrait nous priver de l’hymne à la joie du vote, on n’encenserait pas, cette année, la merveilleuse geste civique qu’est l’élection suprême ?

D’aucuns y virent le signe d’une crise de foi touchant jusqu’au plus haut sommet de la pyramide républicaine ; d’autres, plus prosaïques, la simple volonté de faire quelques économies. La vérité, comme d’habitude, est ailleurs, bien que pas très loin. À quoi servent les élections ? Répondre qu’elles ne servent à rien est de l’ordre de la facilité, étant bien entendu qu’elles ont un but, un objectif, tenant tout entier dans le beau mot, ici galvaudé, de « distraction ».

Nous distraire c’est, dans ce cas, nous tenir à distance de l’essentiel, des luttes, de la rue, de la révolution, de nos rêves tout autant que des dures réalités. Or pour qui voudrait juger quel degré de « distraction » vise l’élection en cours, il lui suffirait de s’attarder sur le slogan mélenchonniste, « la révolution par les urnes ». La bonne blague ! Mais qui fonctionne, et puisque, finalement, le Front de gauche fait correctement le boulot, contient la vague et la dirige vers des urnes plus funéraires que jamais, puisque des foules nombreuses semblent ne plus détecter l’oxymore se dissimulant sous cette formule mêlant révolution et urnes comme on mélangerait le feu et l’eau, pourquoi l’État se fendrait-il d’une campagne en faveur du vote ?

Avec des bateleurs de foire tel Mélenchon les isoloirs n’ont pas besoin de promotion, et tant que le peuple continuera de les suivre en aveugles devenus muets du fait de leur avoir confié leurs voix, le capitalisme pourra dormir sans risque de cauchemar, tant veaux d’or et vaches sacrées seront assurément bien gardés.


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