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éditorial du n° 1700

Le jeudi 21 mars 2013.

DANS UN DRÔLE de bouquin, Le Nouveau Vieux Monde, Perry Anderson se penche sur cet OVNI politique qu’est l’Union européenne (UE). Souhaitée fédérale par Jean Monnet mais voulue Europe des nations par de Gaulle, elle n’est ni l’un ni l’autre : chargée de « détrôner la politique et la mettre hors de portée électorale », elle constitue un véritable « déni de démocratie » ; le pouvoir législatif s’y trouve concentré « dans des organismes non élus mais possédant le pouvoir exécutif (La Commission et le Conseil) et le pouvoir judiciaire (la Cour du Luxembourg) ». Ce « droit communautaire foisonnant » et opaque est tenu éloigné des peuples afin de réduire à néant les pouvoirs de décision des assemblées nationales élues.

De même, la Cour de justice depuis 2007 s’emploie à rendre presque impossible aux syndicats de barrer la route aux appétits surréalistes des marchés. Pour Anderson, en démocratie, la décision du peuple est « le point central du pouvoir politique », mais « rien de tel dans l’UE ». Les consultations populaires sont bafouées, comme le référendum de 2005 en France sur le traité européen. L’UE c’est « une liberté économique illimitée pour les classes dirigeantes et un recul énorme des droits des travailleurs et de la démocratie ».

Geoffroy Geuens, l’auteur de La Finance imaginaire se montre aussi sévère. Pour lui, au sein des gouvernements nationaux, de la Commission européenne et de la Banque mondiale, les dirigeants ne sont pas influencés par des lobbies, mais bien directement issus ou intimement liés au monde des affaires. Geoffroy se gausse des titatas des belles âmes qui vont répétant qu’« au départ, l’Europe était un beau projet, et qu’il a été perverti ». En fait, « les financiers sont au cœur même du projet de l’Europe » et de sa réalisation, « le ver est dans le fruit ». À preuve les carrières des diverses grosses têtes européennes tel Jean Monnet, marchand d’alcool puis proche des banques et du groupe Lazare. (Sources : revue Agone n° 50 et Fakir).

Corruption et pouvoirs occultes, c’est la tête de l’UE qui sent la mort. Tout comme les gouvernants des États, qu’elle se propose de réunir, qui sont eux aussi les jouets des classes possédantes, même quand la prétendue « gauche » est au pouvoir. Quantification de la nature et des hommes, apologie du fric et de la lutte de tous contre tous, viol du Droit du travail, ringardisation du syndicalisme, du collectif et du solidaire, instauration généralisée d’« austérités » sadiques et contreproductives, telles sont les nouvelles valeurs de ce gang des riches. Dès lors quoi d’étonnant à ce que les pousse-mégots milliardaires de la malbouffe industrielle garnissent sans vergogne les raviolis-à-pauvres avec les balayures des ateliers de boucherie.


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