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éditorial du n° 1705

Le jeudi 9 mai 2013.

DANS UN ARTICLE intitulé « Le cri du grillepain », Jérôme Porquet (Canard enchaîné du 19 septembre 2012) brocardait une société où « les multiples objets manufacturés (surtout en Chine) dont nous ne pouvons plus nous passer sont délibérément conçus pour ne pas durer ». « C’est étudié pour », ajoutait-t-il, citant Fernand Raynaud, un humoriste obsolète du XXe siècle. Porquet concluait en rappelant que « les gadgets jetables menaient à un monde jetable, qu’acheter de la camelote, c’était transformer ce monde en camelote ».

On en convient : quoi de plus paradoxal, inquiétant, nuisible et dispendieux que la gabegie écologique et économique de cette « obsolescence programmée ». Quelques trop rares analystes s’en inquiètent — comme le compagnon Jean-Pierre Tertrais dans ce présent numéro — tandis que les partisans du néolibéralisme ambiant en défendent sournoisement le principe sous prétexte qu’elle favorise la croissance. Croâssance qui — comme chacun est prié de le savoir — serait nécessaire au bonheur consuméro-capitaliste sur terre.

Benoît Hamon était interpellé ce 2 mai par un auditeur du 7/9 de France Inter s’étonnant de sa reculade devant la demande des Verts de légiférer pour condamner la pratique de l’usure programmée. Habilement, le ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire et à la Consommation, a botté en touche. Son gouvernement — contrairement aux allégations de l’auditeur — n’avait en rien renoncé. Il n’allait pas tarder à envisager de pondre une loi garantissant aux acheteurs d’un produit ou d’une machine un temps pendant lequel le constructeur dudit produit sera tenu de mettre à disposition, contre espèces sonnantes bien sûr, les pièces nécessaires au rafistolage de son ratatine ordure ou de sa Clio.

Oubliant de rappeler les marges affriolantes pratiquées par les constructeurs sur la moindre pièce détachée, Hamon insinuait benoîtement que l’usure programmée, à bien y réfléchir, n’était pas si nuisible que ça ; elle favorisait la création et l’essor d’entreprises de réparation — non délocalisables par dessus le marché — générant ainsi de la relance. Ô Tartuffe : voilà comment dans ce monde merveilleux de titatas et de chiffres carambouillés, tombent les faux nez et se retournent les réalités.

Il est cependant des obsolescences programmées que les anarchistes appellent de leurs actions et de leurs vœux : celles de la langue de bois, des dieux et des malades de leur foi, des mandats politiques si peu représentatifs, de la professionnalisation du politique, des cupides et égoïstes appétits de pouvoir qui déflorent tous les groupes humains, de la main invisible du marché, de la meurtrière théologie du capitalisme… On en passe et des meilleures.


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