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éditorial du n° 1686

Le jeudi 8 novembre 2012.

Accuser les Arabes de voler les petits pains au chocolat, lyncher les Roms, supprimer les 35 heures, faire, comme le sénateur Longuet, un bras d’honneur aux anciens colonisés réclamant justice : à droite comme à gauche, l’heure est à la décomplexitude. Haro sur les tabous. Pour aller dans le sens d’une si courageuse lucidité, pourquoi ne pas parquer les étrangers et les impies dans des ghettos, rétablir le port d’étoiles diversement colorées selon les différentes incivilités, pour les fumeurs, les looseurs, les pédophiles, les chauffards. En véritables pragmatiques décomplexés, on pourrait aussi bannir des programmes scolaires la philosophie, l’histoire, la littérature et autres titatas, ces badinages improductifs de « diseux », au profit de matières plus rentabilisables, réservées aux « faiseux », techniques de surfaces, politesse, respect du chiffre et de la réussite pour les garçons, torchage des moujingues, cuisine, docilité sexuelle pour les fillettes. Pourquoi ne pas aussi, dans la foulée, rendre obligatoire le sport de haut niveau ou remettre en vogue les jeux du cirque. Pourquoi ne pas réinvestir les anciennes colonies et célébrer, par un jour férié, les anniversaires de la Toussaint rouge ou les ratonnades de 1961. Pourquoi ne pas rétablir le travail des enfants dès 7 ans, les journée de 12 heures, les licenciements sans préavis, le livret ouvrier, comme au bon vieux temps des maîtres de forge. On pourrait supprimer le droit de grève, organiser l’attribution « aux enchères » des emplois aux moins exigeants. On pourrait dispenser les patrons de toutes cotisations sociales, abolir les salaires qui ruinent les actionnaires ainsi que le Code du travail, imposer le servage, l’esclavage, mettre Parisot au ministère du Travail. Dans la foulée, il faudrait remettre à l’honneur la torture, le droit de cuissage, la peine de mort ; réassigner aux femmes les places qu’elles n’auraient jamais dû quitter, cuisine, buanderie, alcôve. Supprimer l’assistanat et la Sécurité sociale, confier toute forme d’aide aux curés et aux œuvres de charité, abolir toute expression populaire au profit du sondage de droit divin, faire de la réaction l’inusable et supersonique moteur de la société moderne. Il reste tout plein d’autres chantiers pragmatiques et décomplexés qu’on laisse à la libre imagination – synergétique et gestionnaire – des bienfaiteurs éclairés, des commissaires politiques et autres moralistes de tout poil. Ils pullulent car la soupe est grasse. Nous autres, anarchistes méfiants, persisterons à ne pas confondre modernité et progrès social.


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