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éditorial du n° 1623

Le jeudi 17 février 2011.

Les pouvoirs exécutif et judiciaire s’engueulent en ce moment. Ce pourrait être un motif immédiat de réjouissance pour nous, anarchistes, si les faits étaient aussi simples à décrire. En réalité les actuels détenteurs du pouvoir exécutif ont imposé à la fois de diminuer les moyens matériels et les effectifs dans les tribunaux, augmentant considérablement la charge de travail des magistrats. Au point qu’en novembre dernier un juge d’instruction s’est suicidé, accablé par la quantité de dossiers à traiter et l’obligation de choisir lesquels passer en premier, laissant un grand nombre de personnes attendre de connaître leur sort. Ne nous apitoyons tout de même pas trop sur le sort d’agents parfois responsables du gâchis de vies humaines, mais reconnaissons que leur rôle n’est pas symétrique à celui d’un président ou d’un ministre de la République puisqu’ils sont en interaction directe avec la fameuse et mal nommée « société civile ». Ce sont des valets. Et ces valets ont reçu ordre de bosser plus ; le temps n’étant pas extensible, ils ont bossé moins bien ; alors le Roi les en a blâmé publiquement. Il aura fallu une pression vraiment grande avant que les valets ne se rebiffent. Voilà un motif de réjouissance pour nous autres anarchistes : sous la pression, même ceux qui, à l’occasion, condamnent des actes contestataires en viennent à contester publiquement le sommet de leur hiérarchie. Et en faisant grève ! Il s’agit certainement là d’une piste sur le long chemin de la transformation de l’organisation politique. La tension et le déclic. En Tunisie, la tension sociale était immense et depuis longtemps mais il a fallu l’humiliation et le suicide en public d’un homme pour déclencher l’ample mouvement social qu’on a vu. Ce même mouvement a été le déclic de la contestation massive en Égypte. Beaucoup d’autres événements populaires de l’histoire pourraient être décrits ainsi – pas tous cependant –, bien qu’il ne faille pas se borner à attendre des déclics puisque rien n’assure a priori que la société devienne plus juste. Et créer des déclics ? Si ceux-ci consistent en humiliations, tirs contre la foule ou suicide d’un martyr, la réponse est évidente : c’est non. Mais observer les événements, dénoncer ceux qui ne sont que de la poudre aux yeux – le Spectacle –, pointer ceux dont on doit profiter et transmettre les valeurs d’une société juste où l’individu est autonome, telles sont certaines des tâches d’un anarchiste aujourd’hui, une étape vers la révolution.


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