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éditorial du n° 1612

Le jeudi 11 novembre 2010.

La xénophobie d’État poursuit son triste chemin. Non content de les chasser, de les rafler, de les interner et de les renvoyer, voilà que le gouvernement prive les sans-papiers de l’accès gratuit aux soins. Ce mardi, les enflures de l’Assemblée nationale ont voté l’amendement au projet de loi de Besson visant à instaurer un droit d’entrée (payant) à l’aide médicale d’État (AME). Un vote qui vient confirmer la politique assurément xénophobe du pouvoir en place, portée par des velléités électoralistes pour lesquelles il est prêt à tout. Du côté des retraites, si les manifs semblent s’essouffler, des foyers de résistance se maintiennent. Entre grève reconductible, blocages, opérations escargots et occupations, les travailleurs – fort d’un important soutien populaire – poursuivent le combat. Quoiqu’il en soit, si la bataille contre la réforme des retraites vient à mourir – sous la pluie des gaz, des matraques et du mépris gouvernemental –, ne crions pas défaite trop tôt. Car si l’odieuse réforme refuse d’aller au placard, le mouvement social s’en sort néanmoins revigoré de plusieurs mois de grèves et de manifestations pendant lesquels les travailleurs, les chômeurs, les étudiants et les lycéens ont su déjouer les traîtresses magouilles de leurs directions syndicales et expérimenter des formes de lutte plus radicales, plus autonomes, qui les éloignent de l’échiquier de la cogestion et des élections. À part ça, rien de nouveau sous le soleil hivernal. Jeudi 11, bidasses, badernes, patriotes, politicards de tous poils et autres décérébrés s’en iront commémorer l’un des plus gros massacres généré par le capital. À côté du caviar et du champagne, ils prononceront des hommages honteux et hypocrites à tous les ouvriers qui, il y a moins d’un siècle, s’en sont allés se faire trouer la peau pour défendre les biens des requins responsables de leur exploitation et de leur domination. On aura le droit au sempiternel spectacle larmoyant, histoire de nous faire oublier – ou du moins relativiser – l’oppression et la misère dont nous sommes aujourd’hui victimes. « Il y avait pire avant », nous dira-t-on. « La réforme des retraites, la chasse aux sans-papiers, la casse du système de santé, le délire sécuritaire, c’est quand même plus soft qu’une bonne grosse guerre mondiale, non ? » Pour sûr, on évitera de nous conter les exploits assassins, en Afghanistan, des criminels en treillis. On nous dira ensuite que 14-18, c’est du passé, que c’était l’avant-dernière grande guerre du vieux continent et que désormais, grâce à l’Europe, il n’y en aura plus jamais. Mais ce dont on se rend compte, nous, c’est que les entités qui en ont été à l’origine – à savoir le capitalisme et l’État – sont toujours là et que, tant qu’elles demeureront, nous ne pourrons jamais nourrir l’espoir de l’avènement d’une société juste, sans guerres, débarrassée de l’exploitation et de la domination.


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