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« Tout est relatif : peut-être » Collectif

Le jeudi 27 mars 1997.

Les amants de la sagesse et de la liberté ont souvent insisté sur la nécessité d’un relativisme philosophique.

Montaigne, Sade, Stirner et d’autres - passés, contemporains ou à venir - partagent le refus de laisser leur jugement se figer dans l’usus, l’usage, le prêt-à-penser [1] - souvent résumé en un prêt-à-dire. La démarche consistant à ne pas considérer comme universelles les valeurs d’un lieu ou d’une époque n’est pas exempte de danger et le risque est grand de sombrer dans un solipsisme ou dans la boucle réflexive et aliénante des relativités relatives d’où ne sort aucun outil… Ce qui signe un échec si l’on veut bien considérer que les théories philosophiques ne valent que par les pratiques qu’elle induisent. Je dirai même que seule l’action induite par une sophia est susceptible de nous éviter les erreurs qu’engendre la doxa : dogmatisme et réactionnariat.
Sur ce thème, les Ateliers de création libertaire (ACL) nous proposent une collection d’essais réunis en un petit livre à cinquante francs, disponible bien sûr à la librairie du Monde libertaire, et dont le titre pose plus de questions que le livre n’apporte de réponses : Tout est relatif - Peut-être.

Fidèles à leur exigence de rigueur et d’honnêteté, les ACL ne prétendent point épuiser le sujet des valeurs, des normes, mais nous offrent une académie de points de vue - pas nécessairement conciliables - depuis les très fines analyses d’Eduardo Colombo et de Tomás Ibañez jusqu’aux plus généralistes et prosaïques applications du relativisme d’Elisabetta Donini, Emanuele Amodio et Verena Stolcke, en passant par le très polémique a priori de John Clark qui s’obstine à vouloir servir de caisse de résonance aux idées de Joel Kovel [2]. Ce livre est un peu comme la légendaire auberge espagnole, ce qui en soi justifie sa lecture. Si l’on ajoute qu’à aucun moment il ne prétend clore le débat et mettre un terme à la réflexion, on est bien prêt de dire qu’il est indispensable dans la bibliothèque - mieux encore, sous la plume annotatoire - du militant libertaire, que celui-ci se définisse ou non comme anarchiste. À une époque où les livres coûtent si cher et ne méritent que rarement d’être ouverts plus d’une fois, cette publication est de celles qui réconcilient les plus déçus avec le plaisir de la lecture et de la réflexion.

Le simple fait de rédiger cet articulet me donnant l’envie de me plonger une troisième fois dans cet ouvrage, je vous quitte en vous conseillant à nouveau son acquisition.

Alain L’Huissier

Aux éditions de l’Atelier de création libertaire (ACL).

[1On ne saurait impunément négliger l’avertissement de Pline Usus efficassimus rerum omnium magister (L’usage est le plus puissant maître en tout) que nous rappelle Montaigne dans le chapitre le plus « libertaire » de ses Essais (Livre premier, chapitre 23). La puissante image de la femme au veau mériterait - plus que les cannibales de Rousseau - de figurer dans les manuels des cours élémentaires.

[2La contribution de John Clark, « Au-delà de l’universalisme et du relativisme : vers une théorie naturaliste dialectique de la valeur », dont le lecteur aura deviné que je ne partage pas les conclusions, présente toutefois le mérite de faire un état des lieux objectif des interrogations contemporaines autour de la notion de valeur.


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