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« Un Peu d’encre sur la neige : l’expérience de la cocaïne par les écrivains » Dominique Antonin

Le jeudi 24 avril 1997.

Avec cette anthologie (qui ne coûte que 150 FF), les éditions du Lézard mettent à portée de main une vingtaine de témoignages d’écrivains s’étant, de près ou de loin, frottés à la cocaïne, autrefois légale et fort prisée par les intellectuels. Pour ressentir les effets de la fameuse neige, il n’y a guère qu’à plonger dans les récits, et s’identifier aux personnages. L’anthologie, qui s’étend sur plus d’un siècle de cocaïnomanie, rend compte des premiers engouements médico-scientifiques (Freud, Stevenson, Doyle), des processus d’imagination (Aguéev, Cyril, Jünger), des tentatives de mélange (Burroughs, O’Connor) et de substitution (Boulgakov). Elle évoque la cocaïne aphrodisiaque (Farrère, Crowley), délirante (Pitigrilli, Dick), et dépressive (McInreney, Normandy et Poinsot, Carrie Fisher).

Tous les textes ont en commun une force de suggestion implacable, comme si l’émotivité des écrivains, émoustillée par la cocaïne, exacerbait toutes les sensations. Sous cocaïne, la gaieté confine à l’extase, la tristesse au désespoir. Entre ces rares extrêmes, les auteurs passent par tous les registres du plaisir et du déplaisir avec en prime l’humour, volontaire ou non, de leur cocaïnomanie.
Dominique Antonin nous livre un travail de qualité. Il ne se contente pas de réunir des textes et de toucher des royalties. On sent un véritable travail de recherche. Il n’était pas si simple d’éplucher la prose de Freud pour en extraire ces passages croustissimes où il se décrit comme un « grand monsieur fougueux qui a de la cocaïne dans le corps » ou pour redonner un peu de brillant à la terne histoire du docteur Jeckyll.

En plus d’une sélection intelligente et introduite sans pontification, le livre est agréablement illustré même si les éditions du Lézard nous ont habitués à plus de couleurs.
Bien qu’à le lire on se surprenne à sombre dans la nostalgie d’une époque où les rails coûtaient un peu moins chers, cet ouvrage ne se présente ni une apologie ni une condamnation de la cocaïnomanie, le lecteur restant libre de continuer (ou de commencer) à s’adonner à cette activité qui ne comporte - mais ça, ce n’est que mon avis - qu’un risque sérieux : l’emprisonnement.

D’ailleurs, la chose est précisée dans la postface plus adroitement que je le saurai faire.

Voilà un livre à lire dans la foulée de Chaos et cyberculture de Thimothy Leary (même éditeur, 160 FF, avec une interview de Burroughs par Leary, ce qui justitife en soi l’achat du pavé) si l’on veut se payer une bonne tranche de plaisir économique. La plupart des livres des éditions du Lézard sont disponibles à Publico et méritent bien qu’on y fasse le détour.

Alain L’Huissier

Éditions du Lézard.


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