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Il a parlé

juin 1968.

Au moment de la parution de ce journal, de Gaulle vient de prononcer un discours de plus à ajouter à la masse de tous ceux dont il nous a abreuvés depuis dix ans et plus.

Certes nous savons, anarchistes, et peut-être vous aussi qui ne l’êtes pas, ce que vaut un discours.

Vide de sens, neuf fois sur dix, il faut entendre entre les mots les intentions secrètes des maîtres jésuites qui les prononcent, découvrir les arrières-pensées de leurs auteurs.

Et là, il n’est plus question de discours mais d’actes ; là, les appels à la démocratie et à la volonté du peuple sont mis à l’écart pour laisser la voix aux grenades et aux mitrailleuses.

Laissant de côté toute la phraséologie coutumière au personnage, le rappel de ce mandat qui lui a été donné par le pays (42 % compte tenu des abstentions), et qu’il remplira jusqu’au bout, le plus clair de son discours est qu’il entend faire régner l’ordre.

Et nous savons ce que, dans sa bouche, signifie faire régner l’ordre. Les flics nous en ont donné un aperçu.

Monsieur de Gaulle nous a mis en garde contre le danger d’une dictature de gauche, les communistes ayant tôt fait selon lui, d’absorber leurs partenaires de la FGDS au lendemain d’un succès électoral des uns et des autres, et le saint homme voulant nous épargner une pareille tyrannie continuera à remplir son devoir, qui est aussi sa mission.

Ce dont il oublie de nous parle, c’est d’un autre danger sur lequel il s’est montré plus discret : celui d’une dictature de droite.

Résolument opposé à toute tyrannie d’où qu’elle vienne, nous eussions aimé qu’il s’attardât à nous entretenir de celle qui pèse sur nous depuis dix ans, avec la même éloquence dont il nous a entretenus de celle qui pourrait nous échoir.

Nous eussions aimé qu’il nous rappelât le bilan d’une France dont les écoles sont livrées à l’Église, où les décisions se prennent en dehors du peuple et à son détriment, en dépit de prétendues consultations comprenant deux questions amalgamées, qui concourent à les rendre inintelligibles.

Nous eussions aimé qu’il nous entretînt de l’emploi de son temps, depuis son départ pour sa retraite de Colombey-les-deux-Églises. (Un chef d’État démocrate ne doit-il pas quelques comptes à ceux qu’il nomme des citoyens ?)

Cela nous aurait renseignés sur certaines visites à des militaires jadis factieux (rien n’est plus facilement factieux qu’un militaire), cela nous aurait peut-être appris qu’il peut y avoir demain aux portes de Paris suffisamment de troupes de paras ou de légionnaires pour fusiller la révolte comme Gallifet l’a fait pour la Commune.

Le général de Gaulle aurait certainement fait montre de moins d’assurance, s’il n’avait pas eu celle de pouvoir mitrailler la populace.

Il n’aurait pas maintenu avec cette arrogance l’homme de la haute banque à la tête du gouvernement.

Le jeu est clair, les batteries démasquées, la lutte entre le pays et le pouvoir est ouverte.

M.L.


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