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éditorial du n° 1092

Le jeudi 18 septembre 1997.

Le ministre de l’Éducation vitupère allégrement la gent enseignante. Le taux d’absentéisme, chez cette dernière, dépasserait, d’après lui, les limites du correct, respectées par le privé. Il a dû sans doute comparer ce taux à l’assiduité de ses amis députés socialistes qui, rappelons le au passage, se comptaient sur les doigts de la main pour combattre la loi Debré fin décembre 96. Récidiviste, il fustige la formation professionnelle des enseignants qui, à son grand grief, se fait sur leur temps de travail, et non durant leurs « interminables vacances ». Il est vrai que ministres, députés et autres présidents de conseils généraux et régionaux déjeunent, voyagent, séminarisent dans des hôtels de luxe pour leur travail d’élus. « Il parle de ce qu’il ne connaît pas ! » s’écrient les syndicats, offusqués. Juppé aurait récolté une grève générale pour moins que ça ! Mais aujourd’hui silence moteur, ça tourne à gauche !

Allègre sait très bien ce qu’il fait en jouant au gros gaffeur. Ses propos ne sont pas anodins. En utilisant les relents les plus réactionnaires, anti-fonctionnaires, il oppose des catégories sociales entre elles pour mieux atténuer de futures revendications communes. De plus, le paradoxe qui consiste à injurier régulièrement le corps enseignant, pourtant favorable au PS, permet de jouer sur le registre de l’impartialité, de la vertu, de la rigueur morale, des thèmes chers à Jospin. Ce dernier a cependant « grondé » Allègre. Nos acteurs sont subtils et le scénario du bon, de la brute et des truandés semble bien rôdé.

Derrière toute cette agitation, il y a un but bien précis : celui de démanteler encore un peu plus le service d’éducation, afin de le mettre au pas du capitalisme actuel. La précarisation déguisée en emploi-jeunes éducateurs n’est qu’une première étape. De provocations en tables rondes, les syndicats avaleront d’autres couleuvres, telle la flexibilité du personnel, concernant par exemple sa formation : les MA en font les frais pour leur embauche.

Nous pouvons donc voir s’accomplir, à chaque alternance politique, le partage du sale travail, effectué par chacun de nos chers gouvernants, dans des domaines où ils ont le plus de légitimité à œuvrer. La droite, malgré un électorat aux valeurs nationalo-militaristes a pu restructurer l’armée aux besoins des intérêts économiques de la bourgeoisie. La gauche s’occupera du social et de l’école, c’est son rayon. Les projets étatiques de gauche ou de droite vont dans la même logique économique.


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