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Après la suspension de la conférence d’Évian

La Nécessaire révolution

juillet 1961.

À la recherche d’une dignité bafouée par une siècle et demi de spoliations et d’exploitations, les révolutionnaires algériens ont pu, contre toute attente, réaliser les éléments constitutifs d’une nation. S’appuyant sur le concept de l’indépendance, nourrissant son dynamisme dans la prise de conscience d’individus liés par une commune misère morale et physique, le FLN a réuni les forces nécessaires à une réalité nationale, sans qu’une quelconque bourgeoisie, en tant que classe, y ait participé à l’origine. Les conditions même de la lutte, son évolution tout autant que ses origines, permettent d’espérer toutes les audaces. Il n’est pas un militant révolutionnaire qui ne nourrisse le secret espoir de voir le combat mené au nom de l’émancipation politique basculer vers la révolution sociale. Il est en effet logique de penser, à cause de ses origines populaires que le mouvement ne pourra se satisfaire d’une indépendance qu’il sait ne pas être une fin en soi, et qu’il mettra tout en œuvre pour changer radicalement l’économie de l’Algérie.

L’indépendance de l’Algérie est un fait acquis, irréversible. À travers la vaniteuse assurance du Général, il semblerait que l’État français soit disposé à reconnaitre au GPRA la totale représentativité du peuple algérien, car il est persuadé que celui-ci est à même de mettre sur pied un appareil d’État. Le gouvernement français est désireux de changer les structures économiques de l’Algérie. L’organisation colonialiste de l’exploitation des richesses du pays s’est naturellement faite moins pour satisfaire les besoins de la métropole que pour permettre l’enrichissement des colons. Afin de réaliser ses objectifs : totale indépendance politique de la France vis-à-vis des blocs antagonistes, puis création d’une Europe Occidentale à dominante française. Le Général doit acquérir l’indépendance économique et réaliser une sorte d’autocratie. Pour ce faire, il est tenu d’inclure dans son système les anciennes colonies, l’Algérie constituant une pierre de touche. Pour réaliser le passage d’une économie libérale dépassée à une économie planifiée nécessaire à son nouvel impérialisme, nous sommes persuadés que de Gaulle est prêt à se servir de la Révolution algérienne pour liquider, sans en prendre la responsabilité, le colonialisme périmé et pour son plus grand profit.

Le GPRA le sait et les hésitations pour conclure entre les deux parties qui se comprennent parfaitement sont à la dimension de l’enjeu. L’industrialisation de l’Algérie ne peut se concevoir que dans le cadre d’une association avec un pays lui-même fortement industrialisé, bien que l’Algérie possède deux atouts d’importance : l’énergie indispensable au progrès et une main-d’œuvre en partie spécialisée ou tout du moins facile à former. Les révolutionnaires algériens savent que le désintéressement n’est pas la qualité des grandes puissances de l’Est et de l’Ouest. L’anachronique colonialisme laisse la place aux impérialismes capitalistes de tout bord, privés ou d’État, plus dévorants et plus tutélaires que jamais. La mansuétude et l’intérêt que portent aux pays sous-développés les blocs impérialistes n’a d’autres buts que d’accroitre le profit des monopoles et des trusts par la main mise sur de nouveaux clients et d’assurer l’hégémonie de leur politique.

La confusion est grande, car outre l’opposition maintenant classique de l’Est et de l’Ouest, il faut ajouter celle des partenaires européens du Général, soutenus par les USA, pour saborder le beau programme de la « grandeur » française.

Tous ces éléments contribuent à renforcer la position politique du GPRA. Les tractations ne sont pas terminées. Une solution semblable à celle qu’adopta Tito pour la Yougoslavie - persister et se développer entre les deux blocs, sans choisir ni en refuser un seul - est peut-être possible ; dans tous les cas, c’est la seule qui permettrait à la Révolution algérienne de trouver des solutions originales et où le mouvement libertaire peut trouver un terrain pour ses idées.

Le Normand


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