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La Troisième guerre mondiale est commencée

Le jeudi 27 mars 2003.

Dénoncer la guerre sans s’attaquer à ses causes est naïf. Comme il était naïf de croire que l’on sauverait la démocratie en votant Chirac. Comme il était naïf de diaboliser Le Pen sans dénoncer la ghettoïsation des immigrés. Comment assimiler des enfants d’immigrés parqués dans des cités et traqués par les flics ? Quelle est cette démocratie que nous aurions sauvée qui consiste à réélire de loin en loin les mêmes apparatchiks carriéristes et les mêmes notables patentés d’une classe politique engoncée dans ses prébendes ?

Comment des gens « de gauche », ou qui se disent tels, ont-il pu appeler à voter pour l’arriviste Super Menteur en sachant qu’il mettrait en place un gouvernement acquis au système mondialiste libéral, destructeur des individus comme de la planète ?

On a beau jeu de dénoncer la guerre quand on sait que le standard de vie occidental est fondé sur le pillage des richesses de la planète et sur l’exploitation des peuples : le capitalisme, c’est la guerre tous les jours du fort contre le faible, des riches contre les pauvres ! Comment s’en prendre aujourd’hui à l’impérialisme américain sans fustiger le néocolonialisme et l’impérialisme français en Afrique et ailleurs ?

Comment s’étonner de la montée de l’intégrisme islamiste quand on accepte la ségrégation ethnique dans l’emploi et le logement, tout en accommodant l’islam à la laïcité 100 ans après que l’État se soit débarrassé (théoriquement) de l’emprise du christianisme et alors que les religions sont toujours un puissant ferment de guerre et de division entre les hommes ?

Il n’empêche ! Qu’est-ce qu’on s’est fait plaisir à se retrouver dans les rues pour crier « non à Le Pen ! » et « non à la guerre ! », alors qu’on savait bien que le premier n’avait aucune chance de prendre le pouvoir et que la seconde n’avait aucune chance de ne pas avoir lieu ! Mais du moins se donnait-on bonne conscience du devoir accompli devant notre impuissance à changer une société fondée sur l’injustice et l’inégalité.

Et tant pis si, dans la rue, il fallait chercher à la loupe un électeur de droite : celui-ci se fout de la guerre comme il se fout des immigrés pourvu que ni l’une ni les autres ne viennent les déranger dans leur cocon.

En attendant, ce « non à la guerre ! » arrive à pic pour redonner à Chirac une virginité politique et une envergure internationale et pour étendre un rideau de fumée sur les turpitudes sociales mises en œuvre par son Premier ministre. Pendant que le patronat continue à licencier à tour de bras, sacrifiant des dizaines de milliers de travailleurs sur l’autel du profit, à délocaliser pour exploiter d’autres travailleurs à moindre coût, à transférer une masse de plus en plus importante de capitaux dans la spéculation financière, l’État-patron restructure, privatise à tout va, supprime des milliers d’emplois, transforme les entreprises publiques en sociétés capitalistes internationales. Patronat et État se serrent les coudes pour mettre en œuvre une offensive généralisée visant à accentuer la précarité et à casser les acquis sociaux arrachés par les travailleurs depuis 50 ans (retraite, assurance chômage, etc.) tout en accentuant la répression contre le mouvement syndical à l’intérieur des entreprises et, dans l’ensemble de la société, contre les mouvements de résistance au développement de l’injustice et de la violence sociale exercées contre tous ceux qui n’entrent pas dans le moule libéral et refusent le nouvel ordre moral.

L’arrogance impérialiste et l’hystérie sécuritaire d’une hyperpuissance décadente qui prétend régir le monde, soutenues par le néo-franquiste Aznar et l’ultra-libéral Blair, auront au moins cet effet inattendu : la levée de millions d’hommes et de femmes criant qu’un autre monde est possible ! Ils sont l’avant-garde d’une révolution mondiale qui s’est mise en marche depuis 10 ans pour la naissance d’un monde respectueux de chaque être humain, d’un monde où l’homme ne sera plus au service de l’économie et esclave du fric mais où tous les biens de la terre seront partagés par tous les hommes ! N’attendons pas sur le quai !

André Monjardet





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