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Maxi-Livres

maxi-précarité
Le jeudi 20 février 2003.

Mardi 10 décembre 2002, en pleine effervescence dans le temple de la consommation qu’est le centre commercial la Grande-Porte à Montreuil (Seine-Saint-Denis), en guise de cadeau de fin d’année, la chaîne Maxi-Livres foutait Latifa, Maud, Elinor et Karine, les quatre salariées, sur la paille en fermant définitivement la librairie ouverte depuis onze ans.

La chaîne à la tête de hibou avait été reprise en 1997 pour 1 franc symbolique par le groupe Omnium (spécialisé dans le textile, famille Lascart) suite à un dépôt de bilan. Après avoir touché une subvention publique pour redresser l’affaire (tant qu’à faire, autant se maxi-sucrer), le groupe ferme des magasins (la vente des murs rapporte un maximum) les uns après les autres, évitant un plan social. Evidemment, l’engagement de garantie de l’emploi pris au tribunal de commerce n’a jamais été respecté.

Certes, la santé économique de la chaîne n’est pas fameuse, et les « efforts » de réorganisation de la direction s’avèrent être des échecs inquiétants.

Quand des salarié(e)s vindicatif(ve)s, et parmi eux et elles, celles de Montreuil dont Latifa Abed (responsable de la librairie et déléguée syndicale CGT), font part de leurs observations quant à la gestion répressive (salarié(e)s déresponsabilisé(e)s, soumis(es) à une pression continuelle de commerciaux régionaux) et dénoncent cette stratégie de fermetures-licenciements visant une centaine d’autres salarié(e)s (depuis décembre 2001, six fermetures), mieux vaut les éliminer et laisser ainsi les mains libres à la direction qui n’a rien à craindre d’une CFDT totalement à sa botte.

La direction n’en était pas à sa première tentative d’éliminer des effectifs Latifa Abed. En 2000, elle avait été sanctionnée au motif qu’elle aurait fait pression sur son personnel et avait été rétrogradée vendeuse avec perte de 4’000 francs de salaire et mutation sur un autre point de vente. La manœuvre avait lamentablement échoué grâce à la mobilisation des autres élu(e)s. Persécutée pendant des mois par des cadres dirigeants sur son lieu de travail, Latifa a même été convoquée devant les prud’hommes sous l’accusation de harcèlement de l’encadrement.

Aujourd’hui le magasin est fermé mais le tour n’est pas pour autant joué. Karine a été reclassée comme vendeuse dans un magasin en région Nord, Elinor est en congé maternité et des propositions de reclassement devraient lui être faites. Concernant Maud et Latifa, aucune recherche sérieuse de reclassement n’a été faite par la direction et celle-ci a refusé d’élaborer des actions de formation.

L’inspection du travail s’est opposée aux licenciements pour raison économique et n’écarte pas le lien avec le mandat de délégation. Néanmoins, faut-il s’étonner qu’aujourd’hui ce soit le statu quo ? Afin d’éviter tout recours ministériel, la direction continue à faire des propositions bidons (genre quart temps avec perte de salaire à 100 km du domicile) laissant pourrir l’affaire.

Qu’à cela ne tienne, la CGT pourrait porter l’affaire aux prud’hommes ou même au Tribunal de grande instance pour discrimination. Hélas, il n’en est rien ; bien qu’il suffisait de traverser la rue pour passer du siège confédéral de la CGT (Porte de Montreuil) à la librairie, on peut déplorer la quasi-passivité de la Conf’ et des Unions locale et départementale. Faut dire que Latifa Abed est militante du réseau Stop-précarité et qu’elle semble trop radicale pour la cégèt’ ! Syndicalisme de collaboration, pardon d’accompagnement…

Alors ? Plus que jamais une mobilisation collective s’impose face au cynisme, au mépris, à l’hypocrisie de patrons archaïques et répressifs (tiens, un pléonasme) et de syndicats jaunissants. Contre la répression antisyndicale ! Pour les droits de Maud, Latifa et Elinor ! Nous vous proposerons prochainement une série d’actions concrètes. À suivre donc.

Laurent, groupe de Montreuil





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