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Belgique

Contre les « camps de la honte »

Le jeudi 6 mars 2003.

Rendez-vous à Steenokkerzeel, dimanche, devant le sinistre 127 bis, à la lisière des pistes de Zaventem. C’est l’un des centres fermés où sont détenus les candidats réfugiés à qui l’asile est refusé. Ils attendent d’être expulsés. Un « Grand festival des résistances » y est organisé.

Cadenassé. Les policiers notent les identités, photographient les plaques de voiture. Et refusent le sésame de la carte de presse : elle ne vaut que pour les manifestations autorisées.

Surréaliste. Un étudiant s’indigne : on va être fichés comme anarchistes parce qu’on manifeste contre l’enfermement d’innocents.

Un organisateur explique : manifester devant les centres fermés est toujours interdit. Mais nous avons une autorisation indirecte : le bourgmestre de Zaventem nous a demandé de ne pas nous réunir au centre du village, mais sur le terrain de foot. Le « festival » tient de l’inventaire à la Prévert. Il y a les collectifs de Bruxelles, de Liège et de Gand. Des musiciens et des jongleurs. Des anars et des chrétiens. Le Comité des sans-toit de Charleroi et l’Ambassade universelle. Des couples âgés, militants de la régularisation des sans-papiers. La Ligue des droits de l’homme et le sénateur Josy Dubié. Un millier de manifestants. Et un calicot : « Les barbelés de l’arc-en-ciel : la honte ».

France explique : « Nous nous insurgeons contre l’amalgame entre insécurité et immigration. Enfermer des gens qui n’ont commis aucun délit renforce cet amalgame. Nous voulons rendre visible ce qui est invisible. Les centres fermés sont des zones de non-droit. Les détenus n’ont pas de visites. Ni la justice, ni les parlementaires ne peuvent contrôler ce qui se passe réellement à l’intérieur. Il y a plus caché encore. Les expulsions, qui se déroulent dans le secret. »

Lorsqu’elles se font par avions de ligne, les passagers peuvent être témoins. Mais nul ne sait comment se passent les expulsions par avion militaire.

Une jeune fille s’écroule… Michka, responsable de l’Union des progressistes juifs de Belgique, explique la présence des siens : « Nous sommes issus de l’immigration. Nos grands-parents ont été confrontés avec le problème de l’asile quand ils ont voulu pénétrer en Belgique dans les années 30, fuyant le nazisme. Comme juifs et comme citoyens belges, nous dénonçons les zones de non-droit et l’Europe forteresse. »

À 15 heures, le cortège part en fanfare vers les trois rangées de barbelés. En portant des coussins, au nom des victimes d’expulsions.

Dont Semira Adamu. Et des mannequins blancs, symboles des détenus, ces non-personnes, anonymes. Les manifestants arrachent un pan de la première clôture et se faufilent jusqu’aux grilles pour y accrocher des jonchées de fleurs. Sur le remblai un numéro de GSM géant est affiché : le moyen pour les détenus d’obtenir une assistance. Des détenus faufilent leur tête entre les barreaux, agitant des linges blancs. Aux fenêtres d’en bas, des enfants acclament ce spectacle musical qui rompt leur immense ennui. Les manifestants crient : « On est avec vous. » Un avocat s’indigne : en dépit de deux décisions de justice, une Congolaise de 13 ans est toujours détenue au centre fermé d’Alost.

Les manifestants ont ouvert, à coups de pied, un trou dans la deuxième grille. Les autopompes s’avancent. Les organisateurs appellent au repli. La haie casquée se rapproche. Des jeunes lancent des œufs bourrés de peinture. Les boucliers en plexy se teintent de rouge. C’est la retraite, précipitée. Deux accordéonistes sont arrêtés (et relâchés plus tard). L’autopompe force les troupes à accélérer le pas. Des pierres, des poteaux volent vers les gendarmes.

Une jeune fille, qui organise le repli, prend un jet d’eau dans l’œil et s’écroule avant d’être évacuée. La confrontation se dénoue. Des danseurs baba cool jouent à la chenille devant les forces de l’ordre.

Dispersion. Les collectifs ont juré de multiplier les actions jusqu’aux élections.

Un compagnon belge





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