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Dépistage obligatoire pour les violeurs

Il faut toujours se méfier des lois !

Le jeudi 27 février 2003.

« Les défenseurs de cette mesure entretiennent une confusion systématique entre l’auteur d’un viol et une personne suspectée. […] Cela revient à faire de la séropositivité "un motif aggravant du viol" »



Le sens d’une loi, même si elle est censée protéger une catégorie sensible d’individus, peut toujours en cacher l’envers. Le 16 janvier 2002, l’Assemblée nationale a voté (à l’unanimité de la majorité de droite, avec le renfort de quelques députés socialistes) lors de l’examen du projet sur la sécurité intérieure, une disposition rendant obligatoire le dépistage des délinquants sexuels. À première vue, on ne peut que se réjouir d’une telle décision. En effet, le viol est un des actes les plus abjects qu’il soit permis d’imaginer. Mais si l’on examine de plus près le problème, se pose tout de même la question de savoir ce que cela apporte à la victime d’un viol et surtout, quelles dérives une telle loi peut engendrer. Enfin ce sont les interrogations qu’auraient pu se poser, légitimement, ces décideurs.

Mais ceux-ci ont, visiblement, décidé de se fier à l’argumentation officielle de l’Académie de médecine, qui prétend avec ce texte vouloir : « éviter aux victimes de viol de s’exposer à un risque, relevant de relations sexuelles non protégées et de prendre un traitement antirétroviral, afin d’éviter une contamination au VIH ». Un traitement qui doit commencer rapidement, au plus tard sous 48 heures, au mieux avant 4 heures et dont la thérapie dure 30 jours. Or, il est évident qu’au sortir d’un viol on suppose que la victime n’est pas forcément en possession de tous ses moyens, pour réagir aussi efficacement. De plus, on est obligé d’imaginer le cas où le violeur aurait pris la précaution de mettre un préservatif. Le viol serait-il alors, moins grave ? Et imaginons que cela ne soit pas le cas. Cette loi permettrait donc, qu’une personne suspectée de viol, subisse un test obligatoire de dépistage ? Et en cas de test négatif, la victime pourrait-elle alors, arrêter de prendre le traitement ? Les députés et sénateurs nagent, visiblement, en plein angélisme ! Mais plus grave, ils méconnaissent le virus VIH, la fenêtre de séroconversion, ou les délais de prise du traitement. C’est pourquoi plusieurs associations ont décidé de prendre la parole.

Act Up considère que « cette mesure ne peut en rien aider les victimes et ne permet en aucune façon de décider l’arrêt d’une thérapie préventive ».

De plus, pour l’association « cet amendement transgresse le principe éthique essentiel à la lutte contre le sida : l’accès volontaire au dépistage ».

Le Conseil national du sida (CNS) quant à lui, s’il considère « qu’il est légitime de défendre les intérêts d’une victime d’un viol », juge qu’il est « illusoire de croire pour autant que cette mesure permettra de dispenser celle-ci de suivre un traitement prophylactique, dans le doute du statut sérologique de son agresseur. De plus, en raison de l’existence d’une fenêtre de séroconversion de 15 jours, un résultats négatif du test ne garantit pas l’absence d’infection chez la personne suspectée de viol ».

Lors d’un avis rendu en novembre 2002, le CNS soulignait déjà « l’inutilité d’un dépistage, en raison du temps nécessaire pour que le virus devienne visible, par les examens biologiques (un mois, environ) ». Qui fait qu’un test négatif pratiqué sur un agresseur peut signifier que le suspect est totalement exempt du virus, ou que celui-ci n’est pas encore détectable. De plus, selon le CNS : « Quel médecin prendrait alors la décision d’arrêter le traitement de la victime, quand il existe un risque, même minime, de contamination ». Pour le CNS, la priorité est donc, plutôt, de « proposer une procédure permettant un accès rapide de la personne violée à un service d’urgence hospitalier ».

Selon plusieurs associations (Act Up, le CNS et Sida info service) : « cet amendement remet en cause, non seulement le consentement libre et éclairé du dépistage, mais de plus, il incite à une criminalisation de la séroposivité. Il est affligeant de voir des médecins défendre un tel dispositif, au mépris des connaissances sur le VIH, ainsi que des députés qui adoptent une mesure qui, depuis 10 ans n’avait été défendue que par le Front national ». Ces associations ont donc rappelé, grâce à un « zap » d’Act Up, à l’Académie de médecine, à l’UMP et autres quelques députés socialistes qu’ils « se moquent bien de la prise en charge des victimes de viol » et visent par là tout simplement, « à la criminalisation de la séropositivité ».

En effet, les défenseurs de cette mesure entretiennent une confusion systématique entre l’auteur d’un viol et une personne suspectée (mais à la base, selon le code pénal, il devient important de le rappeler aujourd’hui : présumée innocente). Cette disposition revient donc, à faire de la séropositivité « un motif aggravant du viol » et de plus, leurs défenseurs insultent les personnes violées, en leur faisant croire à une amélioration de leur prise en charge.

Encore un leurre et encore un amendement criminalisant, passé « sans capote », sous couvert de la disposition constitutionnelle 49-3. À bas toutes les lois et toute autorité !

Patrick Schindler, groupe-claaaaaash@ federation-anarchiste.org





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