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Metaleurop

Un Nouveau massacre organisé

Le jeudi 30 janvier 2003.

Difficile pour qui ? Pour les cinq membres du conseil d’administration de Metaleurop SA ? Pour le trader Glencore, multinationale suisse qui possède 33 % des actions de Metaleurop et du pouvoir de décider de l’avenir des 830 salariés du site ? Sûrement pas, puisqu’ils nous annoncent un retour à la rentabilité de Metaleurop pour 2003 grâce à cette liquidation, et que la valeur de l’action a déjà repris 10 %.

Insolvabilité organisée

L’usine Metaleurop de Noyelles-Godault, historiquement spécialisée dans le traitement du plomb et du zinc, avait commencé, avant l’arrivée de Glencore dans son capital, une restructuration de sa production pour l’adapter aux marchés actuels. Elle était devenue le premier producteur mondial de matières utilisées dans les fibres optiques, écrans plats, téléphones portables. Glencore fait cesser cette production jugée peu rentable. Glencore impose les fournisseurs et les clients, qui sont souvent ses propres filiales. Ces contrats sont beaucoup plus chers, Glencore touche une commission au passage et oblige ses clients à acheter les mêmes produits à ses filières chinoises. Faute de clients, la rentabilité de l’usine est déjà condamnée.

L’été dernier, le directeur est remercié quatre semaines après son arrivée alors qu’il avait réussi à relancer la production de plomb. « Succès » jugé contraire aux intérêts financiers de Glencore, qui catapulte à la tête de sa filiale du Pas-de-Calais le directeur technique embauché quinze jours plus tôt.

Toujours trop coûteux pour ses propriétaires, Metaleurop annonce en juillet 2002 un plan de restructuration prévoyant 265 suppressions d’emploi. Aujourd’hui que la délocalisation des activités dans les pays aux conditions de travail les plus moyenâgeuses est prête, le plan de restructuration (coût estimé : 50 millions d’euros) est trop coûteux. Résultat : rideau à Noyelles-Godault.

L’État, pompier du patronat

L’usine, classée Seveso 2, est responsable d’une pollution hallucinante dans le secteur, dénoncée depuis trente ans : oxydes de soufre et d’azote, plomb, zinc, cadmium dans l’air, l’eau et les sols. Quarante cinq kilomètres carrés touchés, 60’000 personnes concernées, plus de quatre-vingt enfants sont déjà condamnés à mort par le saturnisme. Et dire qu’on accuse les écolos d’avoir condamné l’entreprise ! Y a-t-il un choix entre la pollution et la misère ? En délocalisant dans les pays pauvres, les actionnaires sont sûrs de profiter des deux fléaux.

Maintenant qu’on sait à qui profite le crime, il va falloir décider qui va payer. Autrement dit, journal des patrons du Nord-Pas-de-Calais, a trouvé la solution : « une mobilisation des pouvoirs publics, des collectivités locales et territoriales » pour mener « une politique de reconversion économique audacieuse et anticipatrice ». Une fois de plus, l’État, en bon allié du marché, est appelé à la rescousse par ceux-là mêmes qui l’accusent de freiner la sacro-sainte liberté d’entreprendre. Le gouvernement est d’accord mais a décidé, le couteau entre les dents, de défier le Grand Capital en annonçant des poursuites judiciaires contre le groupe sur les questions environnementales. En entamant une procédure judiciaire de plusieurs années contre un groupe étranger, rien de plus facile pour l’État que de se poser en défenseur des ouvriers, comme eux impuissant devant la firme internationale.

Seule la lutte paiera

Les salarié(e)s, en tout cas, ne sont pas dupes. Ils savent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Ils et elles ont d’abord constitué leur « trésor de guerre » en bloquant les expéditions, puis menacé de déverser du chlore dans la Deûle pour assurer au moins leurs paies de janvier et février.

Comme pour les ouvriers et les ouvrières de Daewoo à Mont-Saint-Martin, ceux de Cellatex à Givet, la menace sur la santé collective semble être devenue le seul moyen pour faire réagir ceux d’en face.

Ils savent que la solidarité sera leur meilleure arme, comme les employé(e)s de Testut à Béthune, qui occupent leur usine depuis le 8 janvier pour obtenir 50’000 euros de prime de licenciement. Comme les 423 de Sollac Biache qui ont obtenu ,après trois ans de lutte, leur reclassement. Comme les salarié(e)s de Lu qui refusent la transformation de leur usine en un centre de télémarketing où ils n’auraient pas leur place et envisagent de reprendre l’usine en créant une Société coopérative de production (solution rejetée par la maison mère qui a préféré un autre sous-traitant).

Dans toutes ces entreprises, c’est l’accomplissement inévitable et flagrant de la logique capitaliste qui est à l’œuvre : après avoir vu leur santé bousillée par le travail et la pollution, ouvriers, ouvrières et habitant(e)s sont abandonné(e)s à leur sort et d’autres se font exploiter ailleurs ! Marées noires, fermetures d’usine, même combat pour la rentabilité capitalistique, mêmes victimes !

Hélène et Julien, Groupe MÉtropole LIlloise de la Fédération Anarchiste





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