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Retraites (3)

De l’amélioration du principe de répartition

Le jeudi 23 janvier 2003.

Le système actuel des retraites qui permet aux salariés les plus aisés de percevoir les plus grosses pensions, de bénéficier de la solidarité des plus démunis (espérance de vie moindre) et de grappiller l’essentiel des fruits de la capitalisation existante, profite essentiellement aux classes moyennes. Et il est évident qu’un peu plus de capitalisation leur profiterait encore plus.

A contrario, la classe ouvrière et tous les petits du salariat feraient tout naturellement les frais d’un surplus de capitalisation dont il est clair qu’il serait financé par une ponction sur la répartition (diminution des charges sociales patronales, exonération fiscale, etc.).

Aussi, conscients du fait que la seule défense du statu quo ouvrirait grandes les portes à encore un peu plus de capitalisation, certains proposent d’améliorer le système actuel de retraite par répartition.

C’est ainsi qu’on 1 nous propose de développer l’emploi et de taxer tous les revenus (ceux du travail et les autres).

À l’évidence, en développant le nombre d’emplois on rétablit l’équilibre entre cotisants actifs et pensionnés non actifs. À l’évidence, également, si on taxe les revenus du capital, de la spéculation et de la propriété on augmente encore un peu plus les recettes. À l’évidence !

Reste que vouloir développer les emplois pose la question de savoir comment on va s’y prendre, de quels types d’emplois il s’agit de développer et en quoi cela permet d’échapper à la vérole productiviste et à la folie suicidaire (d’un point de vue écologiste) d’une croissance économique permanente qui fonde ce type de raisonnement !

Pourquoi, en effet, le capitalisme qui ne cesse de supprimer des emplois (en Occident, du moins) se mettrait-il subitement à en créer ? Mais, admettons qu’on l’y contraigne inamicalement à l’occasion de grands mouvements sociaux. S’agira-t-il de créer des emplois non précaires ou des emplois précaires ? S’agira-t-il de créer des emplois utiles socialement (il en est sûrement plein à inventer) ou des emplois nuisibles (flics, militaires, maçons construisant des prisons ou des centrales nucléaires, ouvriers fabriquant des canons, etc.) ou foncièrement inutiles (contrôleurs SNCF, ouvriers fabriquant la énième nouvelle lessive, petites mains de la bureaucratie ordinaire, etc.) ? S’agira-t-il, au bout du compte, de créer des emplois pour créer des emplois ? Et jusqu’où ira-t-on comme ça dans cette logique de la fuite en avant qui ne se pose jamais la question du pourquoi, du comment et du sens de cette aberration écologique et sociale que sont le productivisme à tout crin et la croissance économique permanente ?

Reste que vouloir taxer le capital, la spéculation et la propriété pose la question de savoir comment on va s’y prendre et surtout à quoi ça va servir !

Pourquoi, en effet, le capitalisme qui ne cesse de nous taxer, accepterait-il soudainement de passer à la caisse ? Mais admettons qu’on l’y contraigne inamicalement à l’occasion de grands mouvements sociaux. S’agira-il d’affecter cette manne financière au paiement des salaires et des retraites de flics, de militaires, de maçons construisant des prisons ou des centrales nucléaires, d’ouvriers fabriquant des canons ou la énième nouvelle lessive à la con, de contrôleurs SNCF, de petites mains de la bureaucratie ordinaire ?

Bref, dans le cadre de la problématique consistant à essayer de sauver le système actuel des retraites par répartition des appétits du capitalisme comme dans d’autres problématiques du même ordre (à propos d’EDF, de la Poste, de l’éducation nationale et autres services publics étatiques du même tonneau) la stratégie se résumant à réclamer davantage de moyens, si elle est nécessaire, est dramatiquement insuffisante pour vaincre.

En d’autres temps, en d’autres lieux et en d’autres circonstances, Camillo Berneri disait déjà : le dilemme guerre ou révolution n’a plus de sens. Le seul dilemme est celui-ci : ou la victoire sur Franco grâce à la guerre révolutionnaire ou la défaite.

Nous en sommes là ! Ou la répartition, avec davantage de moyens, saura démontrer qu’elle a plus de sens, d’égalité, de justice et d’humanité que la capitalisation, ou la défaite !

Jean-Marc Raynaud

1 Voir notamment le texte d’Alain Bihr, « La Bourse ou la vie », paru dans la revue À Contre-courant, syndical et politique n° 137 et 138.


Les écrits de Jean-Marc Raynaud sont extraits de l’article « Le syndrome de Janus » publié dans la brochure Les Retraites dans la collection Du charbon pour les braises des Éditions du Monde libertaire, disponible à Publico, au prix de 5 euros.





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