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B. Traven

Le jeudi 23 janvier 2003.

« Ma vie m’appartient, seuls mes livres appartiennent au public. » Voilà comment s’exprimait B. Traven, l’homme aux pseudonymes multiples : Ret Marut, Hal Croves, Traven Torsvan, Bruno Traven, Arnold, Barker, Otto Feige, Kraus, Lainger, Wienecke, Ziegelbrenner.



Traven est né à Chicago, Illinois, le 5 mars 1890, de parents suédois. Il a passé sa jeunesse en Allemagne où il commence à écrire des textes anarchistes sous le nom de Ret Marut. Il publie occasionnellement des articles dans le magazine anarchiste Der Ziegelbrenner entre 1917 et 1922. Mais Traven est forcé de fuir l’Allemagne sous la menace d’une condamnation à mort lancée à son encontre par les Corps francs de Bavière à la fin de la Première Guerre mondiale, après l’échec de la République des conseils.

Il disparaît pendant un certain temps pour refaire surface dans une prison anglaise (crime non connu). Ayant quitté Londres, un homme, se faisant appeler B. Traven, envoie des manuscrits à l’éditeur allemand Das Buchengild.

Traven partage les idées socialistes et anarchistes. Il se trouve passionnément du côté de l’homme ordinaire. Le capitalisme et la bureaucratie rendent une vie décente impossible. Il écrit sur la justice sociale, la cruauté et l’avidité dans un style tendu, rempli de suspense. L’idée anarchiste reste au cœur de son œuvre, illustrant le recul de la liberté individuelle par le pouvoir écrasant de l’État. Ses premiers romans présentent des vagabonds à la recherche d’un travail ou bien qui, ayant trouvé une occupation temporaire, sont rattrapés par le système d’exploitation à l’échelle mondiale.

Les livres de Traven ont été traduits dans plus de trente langues, vendus à plus de vingt-cinq millions d’exemplaires et figurent au programme de lecture dans les écoles mexicaines.

On publie en 1926 son roman Das Totenschiff (le Vaisseau des morts). C’est un succès immédiat. Albert Einstein aurait dit vouloir emporter ce livre sur une île déserte. Le protagoniste, un marin américain, G. Gales, se retrouve sans papiers d’identité à Anvers en Belgique dans les années 20. Rejeté d’une frontière à l’autre, risquant la prison et la mort faute de ces papiers entérinant son existence, le marin prend son parti d’être rayé du monde. Le personnage de Gales réapparaît dans Der Wobbly (1926), puis dans Die Brücke im Dschungel (1928), tous d’inspiration autobiographique. Le nom de l’aventurier américain rappelle celui de Linn A.E. Gale, l’éditeur du Gale’s International monthly for revolutionary communism. Quand les IWW (Industrial Workers of the World) ont commencé leurs activités au Mexique en 1918, Gale devint l’une des figures de proue.

Peu après la dictature de Porfirio Diaz, Traven habite une petite maison, El Parque Cachu, non loin d’Acapulco, au Mexique. Il y vivra trente-quatre ans.

Il rédigera son second roman The Treasure of the Sierra Madre (le Trésor de la Sierra Madre) durant ces années mexicaines.

Dans Indios (1931), il dépeint la corruption et l’exploitation des pauvres et montre les effets d’un régime de brutalité tout en renseignant sur le mode de vie des Indiens ruraux au Mexique. Ce livre fait partie d’un cycle de romans sur la Révolution mexicaine entre 1910 et 1912.

Entre 1931 et 1940, Traven publiera six nouvelles interactives, Mahogany, connues comme sa « série sur la jungle ». La sympathie éprouvée pour les Indiens du Chiapas l’encourage à apprendre leur dialecte maya.

Traven écrit peu après 1940. Il acquiert un passeport mexicain au nom de Traven Torsvan, né à Chicago le 3 mai 1890. Il épouse en 1957 sa traductrice, Rosa Elena Lujan. Ils s’étaient rencontrés en 1930 à l’occasion d’un concert du violoniste Jascha Heifetz. Dix ans plus tard, Rosa Elena est embauchée pour seconder Traven dans la traduction en espagnol d’un scénario adapté d’un de ses romans.

Le Trésor de la Sierra Madre sera porté au cinéma par John Huston en 1948. Le metteur en scène convia plusieurs fois l’écrivain à venir sur les lieux du tournage, mais Traven déclina régulièrement l’invitation. Un jour, un dénommé Hal Croves demanda à voir Huston, se disant porteur d’une lettre rédigée par Traven. Dans cet écrit, l’écrivain se disait dans l’incapacité de se déplacer, parce que malade, mais que Hal Croves serait en mesure de répondre à toutes les questions. John Huston soupçonna ce Croves d’être Traven (il avait noté un léger accent, pas germanique mais certainement européen) et il révélera la véritable identité de son interlocuteur en 1969, après la mort de Traven, quand paraîtront des photographies du célèbre anonyme.

Traven mourut le 26 mars 1969 à Mexico City. Ses cendres furent transportées au Chiapas et dispersées au-dessus du Rio Jataté. Durant toute sa vie, il avait veillé jalousement (presque maladivement) à préserver son anonymat. Mais qui pourrait l’en blâmer, vu ses expériences traumatisantes vécues en Allemagne et en Angleterre ?

On demanda à sa veuve, Rosa Elena Lujan, de révéler sa véritable identité, parmi les B. Traven, Ret Marut, Hal Croves, etc. Elle déclara dans une interview accordée le 25 juin 1990 au New York Times : « Il m’avait autorisé, quand il serait mort, à faire savoir qu’il avait été Ret Marut. Jamais je ne devais en parler avant sa disparition. Il avait peur d’être extradé. Alors, moi aussi, j’ai menti, parce que je voulais protéger mon mari. »

Dans son testament, Traven certifia qu’il s’appelait Traven Torsvan Croves, né à Chicago en 1890 et naturalisé citoyen mexicain en 1951.

« Je sais maintenant que ma patrie est classée dans des dossiers, je l’ai vue sous les espèces de fonctionnaires habiles à effacer en moi les dernières traces de patriotisme. Où donc est ma patrie ? Ma patrie est là où je suis, où personne ne me dérange, où personne ne me demande qui je suis, d’où je viens et ce que je fais. » (Le Vaisseau des morts)

Martine-Lisa Rieselfeld





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