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Quand les anars causent

Le jeudi 27 novembre 2003.

Les nombreux débats qui ont eu lieu au FSL ont montré la spécificité des points de vue libertaires. En voici une illustration avec le compte rendu d’un débat sur le citoyennisme.



Le débat intitulé citoyennisme ou lutte de classes, altermondialisation ou anti-capitalisme a donné une clef de compréhension des interrogations actuelles du mouvement libertaire, dans la mesure où on y retrouvait les diverses formes d’expression, de compréhension et de luttes. Après une introduction brève rappelant ce qui différencie le mouvement anarchiste des partis marxistes léninistes et de la social-démocratie, la parole fut donnée à l’assemblée. Prés d’une trentaine de personnes intervinrent pour exprimer des points de vue, poser des questions, apporter des témoignages. L’expression de ces camarades reflètent trois attitudes principales : l’expression d’une spécificité du mouvement libertaire ; la participation des anarchistes aux mouvements sociaux à la base, même si ceux-ci sont partiels ou l’objet de récupérations par des courants politiques ; le doute sur les apports concrets des anarchistes. Des témoignages de camarades membres d’Attac ou l’ayant quittée illustrèrent les débats.

Le concept de citoyen est apparu comme une nouvelle mode, tentant de réactualiser l’État républicain ; le fait de qualifier la citoyenneté d’« active » n’apportant pas une grande nouveauté. Certains exprimèrent au contraire le point de vue d’une citoyenneté transcendante à la Nation et à l’État qui constitue une ligne de force du mouvement d’alter-mondialisation. Pour ces derniers, le FSE était un moyen d’unir les citoyens du monde pour construire un monde meilleur, en bref d’être citoyen du monde. Il leur fut rappelé que les anarchistes étaient avant tout internationalistes.

Le projet anarchiste met la priorité sur la lutte contre les inégalités et l’exploitation et donc, sur l’égalité sociale et économique, par rapport à l’égalité politique. Ce principe amène à proposer d’organiser la société sur la base de la rotation des tâches, la fin du travail et du salariat, des mandats contrôlés et il suppose la collectivisation des moyens de production. à la différence donc d’une grande partie des mouvements d’alter-mondialisation qui demandent un autre État, les anarchistes proposent l’abolition de l’État. Par rapport à l’autogestion, ils la considèrent comme un moyen, comme un processus d’apprentissages collectifs dans la construction de ce projet et refusent la délégation de pouvoirs qui est la base de la vie politique actuelle.

Les mouvements sociaux ont toujours existé et la social-démocratie s’est nourrie des mouvements ouvriers. Ils apparaissent actuellement, car les structures d’encadrement (partis, syndicats, grandes associations nationales) sont en crise. Ces mouvements fragmentent l’expression populaire, mais pour les anarchistes il s’agit d’être avec ces mouvements, car ils répondent à des préoccupations quotidiennes concrètes. Ces mouvements sont en processus, ils illustrent un état des rapports de force par rapport aux mécanismes et acteurs de la domination.

Si, pour tous, l’altermondialisation est le projet anarchiste, ils n’en déplorent pas moins la récupération des courants antiautoritaires et auto-organisationnels par une élite qui tente de reconstruire l’État. Certains vont jusqu’à taxer cela de populisme en l’illustrant par les cas récents de Chavez et de Lula. Les diverses expérimentations qui se déroulent dans le mouvance de l’alter-mondialisation constituent le nouveau laboratoire de la social-démocratie. Pour eux les alter- mondialistes ont abandonné la lutte de classes et Attac est une organisation hiérarchisée où les dirigeants se cooptent qui serait susceptible de constituer une classe dirigeante de rechange. Pour d’autres, au contraire, la présence au sein des divers mouvements de l’alter-mondialisation, des forums sociaux locaux et des comités locaux d’Attac est importante ; ces mouvements sont partis de luttes qui ont permis de bloquer les sommets des puissants. Actuellement le FSE tente de substituer un mouvement d’idées à un mouvement de luttes et il laisse de côté les luttes de printemps, les licenciés des plans sociaux et les grévistes, mais on peut retrouver ce clivage au niveau des forums sociaux locaux ; il s’agit donc de sortir du milieu libertaire et de porter le débat partout. Certains ont vu l’intérêt du Comité scientifique d’Attac et des formations qui sont faites dans les comités locaux. Pour les anarchistes, il s’agit donc d’être présents dans les mouvements sociaux, comme dans les syndicats afin d’éviter la prise de contrôle de ces mouvements par les appareils bureaucratiques.

Être anarchiste est un processus éducatif, mais la base est l’insoumission, l’opposition aux hiérarchies. Il s’agit d’être des individus libres et critiques. Au niveau de l’engagement il s’agit d’être présent et en rupture, car les pratiques que l’on a, préfigurent la société future.

La révolution sociale est un désir, elle est faite par les populations, mais elle ne peut pas être menée par des esclaves, mais par des êtres libres ; c’est donc un processus de libération où chacun d’entre nous se remet en question et une révolution affective et sexuelle. Par exemple il s’agit de vivre concrètement l’égalité. Le débat qui est vécu ici est une illustration qui montre que l’échange est producteur de savoirs et il s’oppose à la capitalisation des savoirs par des intellectuels qui auraient proposés des analyses.

Propos mis en forme par Jean-Pierre Périer





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