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De nouvelles lois sur l’immigration en démocratie totalitaire

Le jeudi 27 novembre 2003.

Police partout

Si l’immigration est de tous les dossiers, cela est peut-être lié à la boulimie sarkozienne de traiter tous les sujets, mais c’est surtout dû au fait que l’immigration est incontournable, qu’on la souhaite ou qu’on la rejette. Et si certains ministres prennent ombrage de Sarkozy, ce n’est pas parce qu’ils sont en désaccord avec Nicolas, mais parce qu’ils ont une carrière politique à mener et qu’ils sont rivaux.

La loi sur l’entrée et le séjour : c’est la prérogative du ministère de l’Intérieur et un peu de la Justice. Mais cette loi touche à la diplomatie (les visas, le droit d’asile, la nationalité française), aux Finances (la douane plus sollicitée, les redevances exigées pour les étrangers et les accueillants à la hausse), à la construction européenne (l’espace Schengen), aux Affaires sociales (le regroupement familial, la protection sociale, le Code du travail), aux Transports (aéroports, ports, routes de frontière) et même au ministère de l’Industrie et de la Recherche (car il y a mise en œuvre des techniques de pointe du contrôle social pour tenter de contenir toute cette misère du monde qui frappe à nos portes).

Un effort massif et général pour contenir une prétendue invasion et, après les lois sécuritaires LSQ de 2001 et LSI de 2002, une nouvelle étape vers une société policière. Car, à chaque loi sur l’immigration, ce sont de nouveaux acteurs (des fonctionnaires, des maires, des employé.e.s de la santé et des services sociaux) qui deviennent, parfois malgré eux, des auxiliaires de police.

Dégoût

Si Sarkozy joue son rôle avec zèle, François Fillon, ministre des Affaires sociales, du Travail et de l’Emploi, n’est pas en reste. D’après le journal l’Humanité du 22 octobre, Fillon profite de la Journée du refus de la misère (comme si la misère était tolérable les 364 autres jours de l’année) pour déplorer que l’afflux de demandeurs d’asile « affaiblit et vient saturer les dispositifs prévus pour les personnes en grande difficulté » et que, par conséquent, « freiner le flux d’entrée des demandeurs d’asile est l’une des plus grandes urgences pour préserver le système ». Vous avez envie de vivre dans ce système, vous ?

À propos de Fillon, sa réforme des retraites, ses mesures pour diminuer l’indemnisation du chômage, ses mesures pour précariser le travail, les choix budgétaires délaissant l’habitat social, vont faire qu’il y aura de plus en plus de misère en France (des retraité.e.s pauvres, des chômeuses et des chômeurs sans le sou, des personnes mal logées). Fillon, sous ses airs de petit saint, prône une sorte de préférence nationale de l’assistanat et de gestion de l’exclusion. Sans trouver de solutions, pour les personnes exclues, d’où qu’elles viennent, d’où qu’elles soient.

Tournées

Chirac, de Villepin et Sarkozy rivalisent de déplacements à l’étranger, où l’immigration tient toute sa place, au même titre que les rapports de force politiques et l’économie. Ainsi, la visite de Chirac au Maroc, le 9 octobre dernier, est ainsi commentée par le quotidien la Tribune :

« La France veut faire du Maroc sa pièce maîtresse sur l’échiquier euroméditerranéen. » Il amène avec lui « de grosses pointures du monde des affaires dont la liste évoque assez bien l’étendue des intérêts hexagonaux dans le royaume ». Et de citer de grandes sociétés du BTP, du tourisme, de l’armement et de l’agroalimentaire dont les céréaliers de France. Bref, tout ce dont rêvent les Marocain.e.s.

Il faut savoir qu’Européens et Américains ont des visées commerciales sur le Maroc, Washington cherchant à accélérer un accord de libre échange avec Rabat, ce qui aurait notamment pour effet de déstabiliser l’agriculture marocaine.

Chirac toujours

Si l’hypocrisie donnait des boutons, Chirac serait Elephant-Man. Rien que pour le mois de novembre, deux faits méritent d’être signalés, en lien avec la politique étrangère de la France. Le 10 novembre, la France accueillait le premier forum sur le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), avec des représentants d’États africains et les bailleurs de fonds institutionnels (FMI, Banque mondiale, OCDE et OMC). Chirac, comme Mitterrand, affectionne les discours internationaux pleins de bons sentiments, mais qui n’engagent que ceux qui y croient.

Et Chirac, dans son discours d’ouverture, d’appeler l’Afrique à accroître ses efforts pour construire la paix, à lutter contre la « mauvaise gouvernance » et la corruption, afin de permettre son développement. Chirac peut parler de corruption, lui qui est un affairiste de premier plan et ne doit qu’à son mandat présidentiel de ne pas être poursuivi ; Chirac peut parler de paix, lui qui, à chacun de ses voyages à l’étranger, est entouré de VRP des industries françaises d’armement.

Trois jours avant ce forum, le 7 novembre, Chirac recevait un autre grand prédateur, Vladimir Poutine, nouveau tsar de toutes les Russies, et coupable de génocide en Tchétchénie. Qu’à cela ne tienne : Chirac a reçu Poutine avec des « égards exceptionnels », poussant le tapis rouge jusqu’à l’accompagner jusqu’à Orly. Histoire d’afficher une nauséabonde « identité de vue ».

Mini-sommet de La Baule

Au moment même où les ministres de l’Intérieur des cinq principaux pays européens (Allemagne, Espagne, Grande-Bretagne, Italie et France) se réunissaient pour prendre des décisions sur les questions d’immigration et de lutte contre le terrorisme et la grande criminalité, un nouveau drame se produisait au large des côtes de la Sicile : 70 personnes d’origine somalienne se sont noyées ou sont mortes de faim et de froid après deux semaines passées sur la Méditerranée pour tenter de rejoindre l’Italie au départ de la Libye.

Ce drame a conduit le ministre italien de l’Intérieur à réclamer plus de rigueur pour en finir avec ces « tragédies humaines qui pèsent sur la conscience de l’Europe ». Mais tous ces regrets sont vite oubliés et le « réalisme » consiste à multiplier les obstacles : ainsi, les cinq sinistres de La Baule se sont mis d’accord pour stocker sur une puce collée au visa les caractéristiques physiques du demandeur (empreintes digitales et reconnaissance du visage).

Ont été abordés aussi les accords de réadmission dans leur pays d’origine des personnes non admises dans l’espace Schengen. Le but des ministres du G5 est d’aller « plus vite et plus loin » dans les domaines cités plus haut, l’immigration clandestine étant traitée à égalité avec le terrorisme et la criminalité.

Nous aussi, nous avons mal à « la conscience de l’Europe ».

Hervé


Source : La Tribune et Libération du 9 octobre 2003, Le Figaro du 20 octobre 2003, Les Échos du 10 et du 12 novembre 2003.





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