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CGT-FO

Les Raisons d’un choix

Le jeudi 27 novembre 2003.

En février 2004, se tiendra le congrès de la CGT-FO. à en croire les commentateurs « sociaux », son intérêt essentiel résiderait dans le départ de Marc Blondel et dans le choix de son remplaçant. Précisons les choses, ce n’est pas le congrès des syndicats qui élit l’exécutif confédéral (bureau et commission exécutive) mais le comité confédéral, réuni à la suite du congrès, composé des secrétaires d’union départementale et de fédération, le congrès ayant à statuer sur le mandat écoulé et à fixer les orientations pour les trois à quatre années à venir. Pour autant, le congrès confédéral sera marqué par le départ imminent de Blondel.

Dans ce contexte, certains au sein de la CGT-FO considèrent qu’il est temps de changer une orientation qu’ils considèrent trop contestataire et souhaitent revenir aux temps « bénis » d’une organisation conciliante, enfermée dans la cogestion et plus connue pour sa capacité à signer des accords que pour mener le combat syndical.

Deux candidats, tous deux secrétaires confédéraux, sont en liste : Jean-Claude Mailly et Jean-Claude Mallet. Le premier est connu pour avoir travaillé durant de nombreuses années avec Blondel, et le second comme président de la « Sécu » avant 1995. C’est ce qu’en connaît le grand public, et il peut paraître alors difficile de se forger une opinion à l’extérieur de la CGT-FO sur ce qui les différencie. Au demeurant, n’est-ce pas la règle que le débat ait lieu au sein du syndicat, loin de considérants médiatiques dont chacun sait qui les construits ?

Quoi qu’il en soit, en 1989, quand le choix dut se faire entre Blondel et Pitous, le premier fut élu au détriment du second qui représentait une politique d’accompagnement du libéralisme, et les anarchistes présents au sein de la CGT-FO ont soutenu la candidature Blondel. Le temps leur a donné raison, l’orientation fut infléchie et, comme en 1995, puis après, nous avons retrouvé une confédération plus en phase avec la CGT de la charte d’Amiens dépourvue des scories du stalinisme. Or, aujourd’hui, la difficulté réside dans l’absence de débat ouvert au sein de la CGT-FO, même si l’un et l’autre ont fait connaître leur candidature par un courrier motivé aux structures, UD et fédérations. Mailly se réclame de la continuité, et Mallet affirme poursuivre l’action accomplie. Alors comment y voir clair ?

En l’état, ce sont les soutiens reçus qui font la différence.

Mallet est porté notamment par ceux qui en 1989 étaient aux côtés de Pitous, en 1995 proposaient la conciliation avec Juppé et en mai 2003 affirmaient que le projet Raffarin était amendable donc acceptable. Sur le même chapitre, les responsables de la CFDT et du Medef verraient d’un meilleur œil Mallet en secrétaire général !

Concernant Mailly, après avoir reçu le soutien de la majorité des secrétaires d’UD et de fédérations, les syndicats les plus combatifs l’appuient. À la question incontournable, pour certains : où en sont les trotskistes du PT ? Difficile à dire quand on ne fait pas partie du cercle très proche des décideurs. La règle qu’ils appliquent généralement en pareille situation : c’est un tiers d’un côté et deux tiers de l’autre comme la calotte… Leur cacophonie apparente semble être désormais organisée puisqu’un plénum des militants a été convoqué sur le sujet (mais n’en doutons pas, dans le strict cadre de l’indépendance du syndicat vis-à-vis des partis politiques !). En fait, dans ce parti bolchevique, le bureau politique a dû prendre une position et le reste est fait pour l’apparence.

Précisons tout de même que leur poids réel, aux alentours de cinq pour cent de l’appareil, concentré qui plus est dans quelques structures, ne leur permet pas d’être en situation d’arbitre dans le choix final. Le pouvoir ou le patronat utilise l’inquiétude qu’ils suscitent pour tenter de porter le discrédit (le livre de Bourseiller sur Blondel se situe dans ce cadre). Au fond, la succession de Blondel pose aux anarchistes la question de leur place dans le mouvement social, et plus particulièrement syndical.

Contrairement aux idées préconçues, en France, les militants anarchistes ne sont pas partisans du syndicalisme révolutionnaire. Leur engagement, quand ils souhaitent prendre toute leur place dans le combat syndical, les porte soit vers la CGT-FO, soit vers la CGT ou à SUD.

À la CGT-FO, comme ailleurs, ils n’ont pas à monnayer leur soutien à quiconque, ils militent.

Par contre, ils ne souhaitent pas que leur organisation devienne un corps intermédiaire d’une société basée sur l’exploitation. Par conséquent, par raison leur soutien ira à celui qui préservera l’indépendance syndicale et la parole libre. Jean-Claude Mallet n’est pas celui-là.

Concernant Mailly, il est réformiste, nous sommes anarcho-syndicalistes, les limites sont fixées.

Dans ce contexte, et à ce moment précis, notre objectif est de conforter l’organisation syndicale dans sa capacité à résister à l’heure où la CFDT renforce son intégration et où la CGT abdique.

Dans tous les cas, nous n’avons pas opté pour des pratiques gauchistes axées sur le débordement des directions syndicales par la surenchère revendicative avec pour seul souci de prendre la place. C’est par nos pratiques et par la nature des revendications que nous renforcerons la capacité révolutionnaire de la classe ouvrière.

C’est l’action engagée par les militants se référant à Montluc *.

Samuel


* Montluc : pseudonyme utilisé par Maurice Joyeux, militant anarchiste qui reconstruisit la FA après l’OPB de Fontenis et participa activement à l’action syndicale au sein de la CGT-FO.





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