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Raffarin contre les marchés

Le jeudi 13 novembre 2003.

Attac a trouvé un suppôt de choix en la personne de notre premier ministre. Avec l’approbation bruyante du Medef et celle plus réservée de l’Épiscopat, le gouvernement nous sucre un jour de flemme. Pas que les tobinards soient des fanatiques du travail — en dehors de celui, particulier, du chapeau. Mais là, franchement, ils devraient applaudir : la Sainte Trinité qui casse d’un coup d’un seul avec l’économie de marché…

Vous n’avez peut-être pas compris. Je m’explique. En système marchand, la production est réglée par l’offre et la demande. La demande solvable, s’entend. Quand l’offre dépasse sa consœur, les prix chutent, les ouvriers sont jetés dehors, et la production baisse. Quand la demande est supérieure à l’offre, les prix montent, les capitalos achètent des machines ou des bagnes en Chine et la production grimpe. Dans les deux cas, tout revient à la « normale » par le jeu du marché libre. Bref, du point de vue du marché, il ne sert à rien de forcer la production vers le haut : la correction interviendra très vite. Donc il est sûr que le gouvernement envisage, secrètement, la mise en place d’un secteur d’économie dirigée, inspiré du modèle soviétique. Ce qui selon moi devrait réjouir Nikonoff.

Il y a bien une autre possibilité, mais allez imaginer que l’État est aux mains de fieffés salauds, assez culottés pour nous faire une chose pareille ! Si on suit le petit raisonnement que je vous ai livré plus haut, une augmentation forcée de la production [1] se solde par une modernisation de l’appareil industriel : délocalisations, licenciements, réduction des services au public, etc. Toutes choses égales par ailleurs, comme on dit dans les traités de chimie, la même production est assurée par des travailleurs dont le salaire cumulé est inférieur. Le surplus s’engouffre dans la caisse des patrons.

J’insiste : la même quantité produite. Sous le règne de la marchandise, l’augmentation volontaire du temps de travail ne débouche pas sur un développement de la masse des biens et services produits, mais sur une redistribution, au profit des possédants, des revenus générés par le travail.

Donc, si l’inventeur de la suppression d’un jour férié — voire de deux jours chômés si le singe a la bonne idée de faire sauter un pont — ne l’accompagne pas d’une rupture avec l’économie de marché, son but ce faisant n’est pas de renflouer les caisses de l’État. Il sait très bien que pas un fifrelin n’ira là. Que le seul résultat à espérer est une augmentation de la misère et de l’exploitation d’un côté, de la richesse et du bien-être de l’autre.

Évidemment, dans ce cas où la tête de l’État est bien formée des charognes que suppose le choix délibéré d’appauvrir les plus pauvres, le devoir de chacun est de préparer son renversement urgent.

Pour moi, mon opinion est faite.

Moïse Cailloux


[1Sans augmentation de la demande, ce qui est le cas quand le produit, éventuel et momentané, s’en voit englouti dans le gouffre sans fond des déficits publics (comprenez : file direct dans les poches des banquiers).


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