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Spécial antipatriarcat

octobre 2003.

Dans le monde entier, bien qu’à des échelles différentes et sous des formes très diverses, les femmes vivent une oppression liée au seul fait d’être femme. Cette situation résulte d’un système social archaïque et pourtant encore en vigueur qui organise la domination politique, économique, culturelle, sexuelle et sociale des hommes sur les femmes : le patriarcat. Initialement défini comme un régime social dans lequel le pouvoir est transmis de père en fils et où l’autorité du père est prépondérante dans la famille, le patriarcat se manifeste à travers les rapports entre individu-e-s d’une société par des pratiques misogynes légitimées dont le but est de soumettre les femmes. Le patriarcat est omniprésent, il impose son ordre et ses normes.

Les actes de violence à l’encontre des femmes sont la racine de l’ordre patriarcal. Ces violences sont multiformes : coups, viols, sévices sexuels, mutilations génitales, mariage forcé, droit de cuissage, menace, chantage, violences domestiques, excision, infanticide, inceste, harcèlement sexuel et moral, traitements forcés et médication abusive, exploitation et marchandisation des corps (prostitution, pornographie), contraception refusée ou imposée, stérilisation et IVG forcées, gynocides.

Le patriarcat ne connaît pas de frontière. Cela se traduit entre autres par la marchandisation du corps des femmes et des fillettes que l’on déplace comme du bétail et dont le trafic grandissant, lié à la prostitution locale et au tourisme sexuel rapporte plus que le trafic de drogue ou d’armes. La mondialisation du patriarcat, c’est aussi le travail des femmes dans les « sweatshop », hangars immenses voués à l’industrie, où les femmes gagnent des salaires de misère, sont licenciées quand elles ont leurs règles et contraintes à assouvir les désirs sexuels de leurs patrons.

Le patriarcat est présent dans toutes les sphères et toutes les classes sociales. À l’école primaire, où plus de 13 %* des viols sont commis chaque année en France, on apprend aux petites filles que le masculin l’emporte nécessairement sur le féminin. Dans le monde du travail, les femmes sont payées 15 %** de moins que les hommes à travail égal et, de plus, se font harceler sexuellement et moralement par les patrons. 60 %** des chômeurs sont des chômeuses. Dans les hôpitaux, il est encore difficile de pratiquer une IVG entre regards suspicieux et commandos fascistes. Sans oublier les bavures policières dont sont victimes de nombreuses femmes : violences sexuelles et viols collectifs lors des gardes à vue… Une grande part des violences faites aux femmes et aux filles l’est dans la sphère familiale ou proche. En France, 41 %* des viols commis le sont sur des filles de moins de quinze ans, et 74 %* d’entre elles connaissent leur agresseur. Ce dernier n’est majoritairement pas un marginal dégénéré mais un homme ordinaire, parfaitement intégré à la société, vivant maritalement, avec des enfants, ni asocial, ni impulsif. C’est encore dans le cocon familial que les femmes font gratuitement le travail domestique et que 400 femmes** meurent chaque année des actes de violence de leur conjoint.

Le sexisme est partout dans l’espace public, à commencer dans le langage (un entraîneur, une entraîneuse ; un jardinier, une jardinière, etc.) qui confond souvent l’individu-e avec l’objet. Il est simplement dans la rue où il faudrait dire merci à chaque homme qui nous adresse la parole en vue de nous baiser et surtout ne pas réagir quand il nous insulte.

La publicité est une arme commune au patriarcat et au capitalisme. À travers elle, nous vivons dans un monde virtuel, parallèle au monde réel et qui a pourtant des interférences avec ce dernier. La femme s’y trouve libérée en tant que corps, qu’elle se doit de rendre désirable, tout en consommant son identité.

Les lois étatiques imposent le mariage comme condition du droit au séjour ou d’une régularisation. L’exigence du maintien de la vie commune pour la délivrance ou le renouvellement des titres de séjour pose des problème en cas de séparation, de violence conjugale, permet des abus de la part du mari et place les femmes en situation de dépendance. Les épouses de polygames subissent lourdement les conséquences d’une situation dont elles ne sont pas responsables quand elle ne peuvent obtenir de titre de séjour.

Les lois religieuses dépossèdent les femmes d’elles-mêmes : elles imposent de se voiler, de rester vierge, de ne pas avorter, de ne pas avoir de rapports sexuels extra-conjugaux.

Les femmes ont d’autant moins les moyens de se défendre que la simple dénonciation d’un acte de violence à leur égard est dangereux pour elle. Cette violence est légitimée par la non-application des textes de loi et le manque de dispositifs de lutte. Une femme est difficilement à l’abri de la violence patriarcale car cette violence est une norme. Une norme qui dicte aux petites filles l’obligation de ne pouvoir disposer librement de son corps. Refuser le viol, c’est ne pas accepter les règles établies depuis longtemps qui indiquent la marche à suivre pour ne pas crever. Une norme intégrée par beaucoup de femmes qui ne reconnaissent pas le mal qu’elles subissent en intégrant cette violence au point de s’automutiler ou en acceptant le viol comme norme sexuelle, parfois via le devoir conjugal.

Clochette


* Collectif féministe contre le viol.

** Hors-série antipatriarcat No Pasaran.





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