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Le Genre, carcan social

octobre 2003.

La lutte anti-sexiste et anti-patriarcale du projet libertaire est indissociable du concept de « genre » ; afin de mieux combattre cette domination spécifique, il est utile de comprendre comment le genre opère et combien il sert le système patriarcal.

Le genre est un concept issu des théories féministes et est devenu un outil théorique capital pour analyser les rapports entre les hommes et les femmes. On associe souvent le genre au « sexe social » pour définir l’ensemble des comportements et des traits supposés être « féminins » ou « masculins » que l’on superpose au sexe « biologique » de l’individu-e. Le genre se distance ainsi des présupposés naturalistes et propose une lecture sociale de la domination masculine et du système patriarcal. Il fonctionne comme un modèle stéréotypique, un moule social dans lequel doivent se couler les individu-e-s selon leur sexe. De la même manière qu’avec la race, on essentialise LA femme en lui attribuant une nature féminine ; on érige en modèle une femme douce (entendez « passive »), compréhensive (entendez « soumise »), belle (entendez « faite pour plaire aux hommes ») et soucieuse du bien-être des autres (entendez « à la maison »). Quant aux hommes, bien que leur modèle ait l’avantage d’être dominant, ils subissent eux aussi la dictature du genre : n’est « homme » que celui qui est fort, qui maîtrise (soi-même et les autres), qui fait l’étalage de ses muscles et de ses possessions (argent, femmes, voitures). Quiconque ne « colle » pas à son genre et s’éloigne ainsi du modèle dominant se voit marginalisé-e, stigmatisé-e : les insultes et les moqueries sont le lot des femmes dites « masculines » ou des hommes dits « efféminés », sans parler de ceux et de celles dont l’orientation sexuelle défie l’hétérosexualité toute-puissante.

Simone de Beauvoir est l’une des premières à avoir conceptualisé le genre, avec l’anthropologue Margaret Mead. Sa théorie, souvent résumée par la phrase : « On ne naît pas femme, on le devient » a ouvert la voie à de nombreux travaux qui ont mis au jour la construction sociale des identités féminine et masculine : dès la naissance, l’enfant comprend qu’il ou elle doit se conformer aux attentes de son entourage, et qu’il y a des choses qu’une petite fille ou un petit garçon ne fait pas. C’est ainsi qu’on favorise chez les filles la douceur, la passivité, le paraître, le soin aux autres, par le biais des jouets par exemple, mais aussi à travers le comportement des adultes qui, par leur approbation ou leur condamnation (explicite ou implicite), font comprendre à l’enfant où est sa vraie place. Les petits garçons sont eux aussi très vite conditionnés à développer l’action, la violence, la domination, à retenir leurs larmes et à ne pas exprimer leur peur et leurs sentiments. L’apprentissage de leur genre par les enfants est donc extrêmement précoce, et se poursuit ensuite dans et hors de la sphère familiale. L’école prend le relais et confine les unes et les autres dans leurs rôles respectifs, en favorisant chez les garçons la prise de parole, la compétition, le travail individuel, l’expérimentation, tandis qu’on encourage les filles à travailler de façon collective, à écouter les autres, et qu’on les oriente vers des filières qui correspondent à leur « sensibilité ». Toute la vie durant, le genre est un carcan social puissant qui laisse peu de place à un développement épanouissant, émancipateur et propre à l’individualité de chacun-e ; les modèles imposés le sont aussi via les médias, par exemple, qui prônent un idéal féminin réducteur et aliénant : la femme-mère est ainsi opposée à la femme-séductrice, disponible sexuellement, voire salope, mais en dehors de ces deux clichés, point de salut.

Lulu





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