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Mégret

malvenue à Toulouse
Le jeudi 13 mars 1997.

Mardi 25 février, des milliers de Toulousains de tous poils et de toutes nationalités s’étaient donné rendez-vous dans la rue. Il s’agissait de dénoncer la loi Debré, comme dans tout le pays ce jour-là, et en plus de souhaiter la malvenue à un individu répondant au nom de Mégret, membre connu du Front national, venu faire ce soir-là une conférence sur le thème provocateur de : « Aujourd’hui Vitrolles, demain la France ! »

C’est donc en toute logique que les manifestants, particulièrement nombreux, se sont dirigés depuis la place du Capitole vers l’hôtel Sofitel, lieu où allait se dérouler cette conférence de la honte. Comme à chaque prestation d’un ou de plusieurs séides du FN à Toulouse, les forces qu’on dit de l’ordre étaient fortement mobilisées afin de garantir aux propagandistes du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie le libre exercice de leurs « droits démocratiques ». Après l’appel à la dissolution, une bonne part des manifestants ont choisi de rester sur les allées Jean-Jaurès, pour bien montrer que Mégret et le FN n’étaient pas les bienvenus dans la ville rose qui revendiquait dans la rue son rejet du fascisme et ses traditions d’accueil et de solidarité envers tous ceux et toutes celles qui en auraient besoin, n’en déplaise à Le Pen et à ses sbires.

Très vite la tension est montée. Les forces de police, armées jusqu’aux dents, ont déversé toute la soirée un déluge de grenades lacrymogènes et déflagrantes, occasionnant de nombreux dégâts matériels et provoquant un trouble certain à ce qu’il est convenu d’appeler l’« ordre public ». C’est dans ce contexte que des policiers en civil ont procédé à quelques interpellations musclées aux abords immédiats de la manifestation.

Olivier M., militant de la CNT, a vu ce soir-là des individus aux cheveux courts s’attaquer sans ménagements à d’autres individus, de « type maghrébin ». Croyant à une agression raciste, Olivier s’est empressé de « porter assistance à personne en danger ». Manque de pot, les agressés venaient de chaparder et les agresseurs étaient de la police ! De nombreux témoins affirment cependant qu’ils ne portaient pas de brassards et ils ne s’étaient pas annoncés comme tels.

L’histoire continue deux jours plus tard au tribunal, où les chapardeurs sont condamnés (six mois de prison dont quatre fermes pour l’un d’eux) et Olivier accusé d’avoir agressé des agents de la force publique. Comme si cela ne suffisait pas, l’accusation a cru bon d’ajouter au dossier les charges suivantes : appartenance à la CNT assortie de l’appartenance à la Fédération anarchiste, au Scalp, au groupe AsseZ Fumé…

La ficelle est grosse : « porter assistance à personne en danger » ça fait léger pour le dossier, d’autant plus que normalement ce n’est pas un délit, c’est même un « devoir civique ». Mais si celui qui porte secours est cénétiste, anarchiste, scalpeur, et tout ce qui s’ensuit, alors là, c’est louche et pour tout dire un peu suspect !

On l’aura compris, dans cette société incapable de répondre aux aspirations de la population, il est interdit de marcher en dehors des clous ! Confronté à la monté e de l’extrême droite, le pouvoir montre le bout de sa matraque et devinez sur qui il tape ? Comme d’habitude, sur les libertaires !

Ces dernières années, la gauche et la droite ont usé et abusé de l’extrême droite à leur profit, les uns et les autres s’en servent d’épouvantail ou d’écran de fumée pour mener une politique d’exclusion et d’injustice sociale toujours croissante.

Face à cela, le discours et les pratiques anarchistes gênent tout le monde des politiciens.

Antiautoritaires, les anarchistes représentent l’antithèse de l’extrême droite : Le Pen ne s’y trompe pas, il est en procès contre Le Monde Libertaire, il y a quelques semaines c’est la librairie de la Fédération anarchiste à Lyon qui était incendiée.

Anticapitalistes, les anarchistes s’opposent résolument à la droite : le ministère de l’Intérieur intente un procès au Monde libertaire, il paraît qu’on y parle mal de la police !

Libertaires et révolutionnaires, les anarchistes gênent la gauche : déjà en 1982/1983, Le Monde libertaire dénonçait la politique du gouvernement socialo-communiste qui, déjà, faisait des immigrés les boucs émissaires de la crise, ouvrant la voie à l’extrême droite.

Olivier repassera devant la justice le 27 mars prochain au tribunal de Toulouse, au vu de ce qui précède nous appelons tous ceux et toutes celles qui le pourront à lui témoigner leur solidarité en assistant au procès.

Groupe Albert Camus (Toulouse)


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