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Chroniques d’un monde merveilleux

« Classe fantôme » de Jean-Pierre Levaray
Le jeudi 4 décembre 2003.

Jean-Pierre Levaray récidive ! Avec Classe fantôme il nous offre le troisième volet de ses « Chroniques ouvrières », qu’il semble vouloir nous prodiguer assez généreusement ; et nous ne nous en plaindrons pas. On sait qu’il revendique fermement sa position d’écrivain ouvrier ; autrement dit qu’il ne se considère nullement comme un écrivain mais comme un ouvrier qui écrit. Ce qui n’en est pas pour autant moins respectable. Nous ne nous étendrons pas moins sure cette nuance, l’essentiel étant l’évidente qualité de ce qu’il nous offre.

Cette Classe fantôme est présentée par petites touches, des regards posés sur des personnes, des évocations qui éclairent des situations, des circonstances, des attitudes. Le travail de réflexion qui s’accomplit ensuite autour de faits réels apporte la consistance du livre, son ciment. Certains événements évoqués d’une plume directe et efficace amène la démarche d’analyse, l’anecdote induisant le constat. D’ailleurs, la manière dont sont présentés les faits, amène à une réflexion comparative avec l’écriture d’écrivains renommés. Je n’irai pas jusqu’à comparer Jean-Pierre à Émile Zola, par exemple ou à d’autres mais je ne peux me retenir de penser que l’on trouverait chez le second le souffle, le sens de la construction, la maîtrise du verbe, certes, mais il n’en va pas moins que chez J.- P. L. nous sommes au niveau, pas toujours aisé à atteindre, du vécu, du perçu intimement et de leur transmission. D’ailleurs, le chapitre de Classe fantôme intitulé : « Comment Pierrot a perdu le Nord » qui est un épisode tragique et vécu, d’évidence, est traité avec une économie de moyens qui reste d’une grande efficacité. La tension est constante, appuyée par un discret crescendo. Le vécu est là, cru, sans artifices.

Dans ses deux premiers titres, Putain d’usine, Après la catastrophe, notre auteur travaillait comme un cinéaste plaçant sa caméra au point précis de l’efficacité du récit ou du constat. Classe fantôme, chroniques ouvrières, donne à voir, dans le but de souligner, par la réflexion, la problématique du travail. Les conclusions à tirer suivent, s’intercalant dans le récit.

Les thèmes qui animent Jean-Pierre Levaray : le monde contemporain du travail, auquel il a consacré ses trois premiers ouvrages et quelques textes courts, permettent certes de le situer dans ses déterminations : donner à voir la situation du travail et les conditions faites aux travailleurs mais il n’est pas interdit de conjecturer que sa sensibilité et cette détermination l’amènent à développer son écriture en élargissant sa vision vers plus d’expression émotionnelle et intime. Que ce soit, d’ailleurs, dans le témoignage tout autant que dans la fiction. Un court récit : S’en aller, paru dans la collection « On a Faim » laisse percevoir un tel potentiel. Qu’il ressente cela et le cultive, son champ expressif ne pourra que s’enrichir.

Aurélien Dauguet

Publication disponible à la librairie du Monde libertaire au prix de 13 euros, éditions Le Reflet.


Je me permettrai une petite remarque : à la page 128 de Classe fantôme à propos du Komintern dans les années vingt : Ce ne sont pas les communistes qui se sont rapprochés du surréalisme. Les surréalistes dès les débuts de leur mouvement se sont sentis proches de l’anarchisme. André Breton s’en est expliqué dans un texte paru dans Le Libertaire du 11 janvier 1952 : « La Claire tour ». Les surréalistes ont collaboré au Libertaire durant une période allant jusqu’en janvier 1953.

A. D.





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