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May la réfractaire

Le jeudi 15 janvier 2004.

May Picqueray nous a quittés, il y a vingt ans. Vingt ans déjà, nous dit Bernard Thomas dans sa préface. Eh oui ! Pour les jeunes générations libertaires, et c’est normal, le nom de May Picqueray est rarement évocateur de quelque chose de précis. Et c’est bien pourquoi la sortie de ce livre autobiographique publié pour la première fois en 1979 [1] est d’importance. Car il rappelle ce qu’il en a été d’hier et d’une militante hors du commun.

May Picqueray (1898-1983) aurait pu, comme tant d’autres, n’être qu’une petite bretonne ordinaire. Papa convoyeur postal. Maman couturière en chambre. Le certif à dix ans et demi. Et, à onze ans, au boulot. Sa voie semblait toute tracée. Mais les hasards de la vie ont fait qu’il en a été tout autrement. En 1919, après un séjour de plusieurs années au Canada, elle rentre chez les anars et n’en sortira plus jamais. En 1921, elle défraye la chronique en envoyant un colis piégé à l’ambassadeur des États-Unis à Paris (il explosera sans faire de victime) pour protester contre la condamnation à mort de Sacco et Vanzetti. En novembre 1922, elle est mandatée par la fédération des Métaux de la CGTU au congrès de l’Internationale syndicale rouge à Moscou où elle ne passe pas inaperçue. Car qui monte sur la table pour dénoncer des congressistes en train de s’empiffrer pendant que le peuple russe crève littéralement de faim ? Qui ose chanter Le Triomphe de l’anarchie en fin de repas alors que résonnent les chœurs de l’allégeance au marxisme ? Et, qui refuse de serrer la main au « généralissime » Trotski, grand chef de l’Armée rouge et bourreau des marins de Kronstadt et des paysans makhnovistes, à qui elle est pourtant venue demander (elle l’obtiendra) la libération de camarades anarchistes ? Ensuite, en 1924, elle est encore là pour faire le coup de poing au meeting de La Grange-aux-Belles lors duquel les bolcheviques de chez nous tuèrent deux ouvriers anarchistes à coups de revolver. Pendant la guerre, elle fit, bien évidemment, des faux papiers pour… et prit cent mille risques pour… Et puis, mai 1968, le Larzac en 1975, Creys-Malville en 1977… Jusqu’au bout !

Bref, jusqu’à sa mort en 1983, May n’en aura pas raté une.

Mais May Picqueray, cette petite femme « haute comme deux pommes trois quarts » n’était pas seulement ce cyclone militant de toutes les révoltes, de toutes les mobilisations pour des causes justes, et de mille et une rencontres avec Sébastien Faure, Nestor Makhno, Emma Goldman, Alexandre Berckman, Marius Jacob, Durruti, Louis Lecoin, etc., c’était aussi la fondatrice du journal Le Réfractaire dans lequel elle a écrit des foultitudes de textes au vitriol, et surtout une personne d’une intransigeance de tous les instants, d’un courage à toute épreuve et d’une gentillesse jamais démentie.

Bref, mais on l’aura aisément compris, ce livre d’une « réfractaire » à toutes les injustices comme à toutes les oppressions est de ceux, rares, qui incite à ne pas désespérer de l’espèce humaine. Mais jugez-en !

Jean-Marc Raynaud


Mes 81 ans d’anarchisme par May Picqueray, 224 pages, avec en prime un cahier de 32 pages de photos pour la plupart inédites et des annexes également inédites, les Éditions libertaires (production Los Solidarios), 13 euros, en vente à la librairie Publico, 145, rue Amelot, 75011, Paris. Chèque à l’ordre de Publico, rajouter 10 % pour le port.


[1À l’Atelier Marcel Jullian. Une deuxième édition a vu le jour en 1992 aux éditions Traffic.





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