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Bush n’est pas un humaniste

Le jeudi 22 janvier 2004.

Bush a failli passer pour un humaniste en annonçant la naturalisation de 10 millions de clandestins, principalement hispaniques. Mais ne soyons pas dupe. Tout d’abord, cette naturalisation sera temporaire. Bush invente la nationalité temporaire.

Si cette mesure vise apparemment à redorer l’image du principal fauteur de guerre et de troubles, et lui rapporter quelques voix à la future présidentielle, elle a un effet pervers qui échappera certainement à Fox News et la presse people. Les clandestins qui sont actuellement sur le territoire des États-Unis occupent des emplois pénibles et sous-payés (agriculture, bâtiment et services). Même s’ils sont régularisés pour cinq ans, leur salaire ne va pas augmenter. Il n’y a pas de SMIC aux États-Unis.

Les salaires des travailleurs réguliers étant tirés vers le bas, cela permettra aux patrons américains de payer encore moins les nouveaux clandestins qui ne manqueront pas d’arriver. La répression féroce de l’immigration illégale n’a pas pour but de l’éradiquer, mais de précariser au maximum les survivants au franchissement de la frontière. Une sorte de sélection naturelle.

Après la phase de délocalisation des unités de production (maquilladoras), le capitalisme choisit maintenant de délocaliser la main-d’œuvre. Les maigres salaires versés sont ainsi en partie dépensés sur le territoire national. Et cette concurrence assouplit l’échine des travailleurs autochtones.

Cette tendance est à l’œuvre aussi en Europe. Récemment des patrons suisses avaient importé et parqué un contingent de Chinois et les faisaient travailler au tarif chinois sur le territoire helvétique. À Nantes, Alsthom sous-traite 80 % de la construction navale à des entreprises étrangères extra-européennes. C’est ainsi que des Ukrainiens, des Polonais, des Coréens travaillent sur le territoire français avec une législation du travail exotique.

C’est le sens de la mondialisation. Le capitalisme est international, apatride. Les systèmes de protection sociale élaborés des sociétés occidentales — arrachés par la sueur, le sang et les larmes de la lutte sociale — sont des entraves à la dictature du marché qui tient lieu de ligne politique aux zélateurs de l’utopie libérale universelle, où toutes les frontières sont abolies et où chacun sera libre d’exploiter qui il veut, les classes sociales étant réduites aux classes patrimoniales. Tu ne possèdes rien, tu n’es rien. Dis-moi combien tu gagnes, je te dirais qui tu es.

La fortune étant en lien direct avec la qualité de l’habitat, de l’alimentation, de l’éducation, de l’accès aux soins et de l’usage de la machinerie judiciaire, nous assistons à la restauration des privilèges, à la reconstitution des ordres, le deuxième étant constitué de la prêtrise médiatique, journalistes et politiques confondus.

Raffarin non plus

En France, le gouvernement de Chirac avec la bénédiction du patronat s’empresse de démolir systématiquement toutes les garanties et protections obtenues par un siècle de lutte syndicale.

Le système des retraites par répartition est miné et s’écroulera dans quelques décennies. La suppression du principe de faveur permettra aux patrons des petites boîtes, comme pour les trente-cinq heures, de désigner les délégués syndicaux avec lesquels ils signeront des accords d’entreprise défavorables, néanmoins applicables, en attendant la suppression des contrats à durée indéterminée. Déjà l’inspection du travail a été déchargée de sa tâche de contrôle de l’application du droit du travail. Le Medef applaudit, trouve que cela va dans le bon sens.

Le RMA institue le travail forcé, alors que des milliers de chômeurs sont radiés de l’ANPE. Laquelle sera bientôt mise en concurrence avec des boîtes privées qui trouveront bien le moyen de se faire du fric sur le dos des chômeurs. L’activation des dépenses sociales, c’est un joli mot qui veut dire que dorénavant l’argent de nos cotisations va directement dans la poche de ces pauvres patrons qui ont tant de mal à faire face à la concurrence internationale. La Sécurité sociale, saignée par l’État depuis des années (20 milliards d’euros par an), n’en a plus pour longtemps. Grâce à toutes ces mesures « modernes », nous pourrons concurrencer bientôt les Philippines et la Malaisie, et l’Angleterre thatchérienne nous apparaîtra comme un paradis perdu.

La révolution est toujours possible si nous cessons de nous résigner, d’être sur la défensive, de nous battre pour sauvegarder quelques lambeaux corporatistes. Nous pouvons bousculer ce régime si nous savons nous unir sur des axes de lutte radicaux et faire converger nos luttes vers la condition sine qua non à tout changement social positif : la destruction du capitalisme. Il est urgent de le faire car nous savons que le capitalisme aux abois se réfugie sans vergogne dans des régimes fascistes, policiers ou totalitaires. Urgent de le faire avant que l’État n’ait fini de faire construire, par des boîtes privées, les prisons destinées aux criminels sociaux qui bloquent les routes ou les entreprises, démontent des Mc Do, arrachent des OGM, entravent la liberté de l’exploitation de l’homme par l’homme et de la femme par l’homme, les enfants, les proxénètes et les publicitaires.

Cela devient vital pour une part grandissante de l’humanité.

Daniel T.


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