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Homophobie

Encore un loi minimaliste

Le jeudi 22 janvier 2004.

Le 27 novembre 2003, l’Assemblée nationale rejetait la proposition de loi sur la presse, déposée par Patrick Bloche (PS) et déjà défendue par des élu.e.s vert.e.s et du PC, sous le gouvernement Jospin. Elle prévoyait de réformer la loi sur la presse, « afin d’étendre à la lutte contre l’homophobie, le sexisme et l’“handiphobie” les dispositions prévues pour les injures racistes ». De plus, elle aurait permis aux associations de se porter partie civile. Mais, pour le gouvernement, une telle loi ne semble pas relever de la priorité. Le secrétaire d’état a demandé à la majorité, avant d’aller plus loin, d’attendre un autre projet de loi et de préférence, plutôt préparé par… la majorité.

Durant les débats sur la proposition, la droite s’est montrée sous son jour le plus habituel : peu convaincue de l’urgence de la chose. Les arguments relevaient « de la haute volée », comme nous pouvons en juger. Xavier de Roux, député UMP : « S’il est normal de ne pas critiquer un état naturel comme le handicap, il n’en est pas de même à l’égard des mœurs et des comportements. Ce texte me semble extrêmement dangereux pour la liberté de la presse : on aura tous les jours des gens traînés devant les tribunaux. »

Il y aurait donc autant de propos sexistes, homophobes, lesbophobes, transphobes et handiphobes énoncés quotidiennement en France ? Christian Vanneste, un second UMP renchérit : « La presse, c’est la plume et l’opinion : un domaine qui nous fait pénétrer dans la subjectivité. »

Ah bon ? Pourtant, quand on lit par exemple le Parisien, on n’a pas vraiment l’impression de s’élever au-dessus du débat. On serait même tenté de donner à tous ces politicards un petit cours d’alphabétisation parlementaire. Si les lois entraînent, en général, des contraintes, celles-ci se retournent rarement, il me semble, contre ceux ou celles qui les pondent. Sinon, ça se saurait et à quoi servirait alors l’immunité parlementaire ? Ces député.e.s auraient-ils et elles peur de tomber trop souvent sous le coup d’une telle loi ?

Une majorité pas unanime, vers le bas

Le gouvernement actuel préfère « privilégier des mesures spécifiques, avec des sanctions moins lourdes, car l’homophobie n’est pas […] aussi grave que le racisme ». Pourtant, juste avant son élection à 82 % (selon les sondages excluant les abstentions), Chirac en personne avait déclaré au journal gay mercantile Têtu, appartenant à l’apparatchik caviar Pierre Bergé : « L’homophobie est autant condamnable que le sexisme ou que le racisme. » Combien de lesbiennes et de gays ont cru à cet effet d’annonce, parmi tant d’autres (comme, par exemple, le recul du chômage ou la baisse des impôts pour les pôvres) ? Chirac élu, Raffarin reprenait le flambeau et se prononçait, fin 2003 « en faveur d’une loi contre les discriminations à caractère homophobe, devant une législation insuffisante ». Tout était dit, alors. Pourtant depuis, plus rien n’est fait, nulle part.

Que sont les belles intentions devenues ?

Ah, si ! soyons juste : un groupe de travail a été constitué à l’Assemblée ; il est supervisé par Perben, qui a affirmé à la presse « trouver le projet un peu prématuré et les députés UMP, pas assez mûrs ». De plus, il n’était « pas question de faire un cadeau à Patrick Bloche, déjà coauteur du Pacs ». Ah, mais, qui est aux commandes du « petit bolide gouvernement » ! Aujourd’hui, seule l’association SOS Homophobie continue la lutte, en lançant une pétition en faveur de la pénalisation des propos homophobes. Bon, une pétition ça n’a jamais fait de mal à personne. J’allais oublier le ministère de l’Agriculture qui s’engage « courageusement » contre l’homophobie ! En effet, les lycéen.ne.s agricoles auront la possibilité de voir huit courts métrages d’éducation, destinés à la lutte contre les discriminations, parmi lesquels Une Robe d’été d’Ozon, Ô troubles de Sylvia Calle, etc. Avec ça, on est bien barré !

Pour nous anarchistes, il est évident qu’une loi ne réglera pas le problème de l’évolution des mentalités, de l’autocensure, voire de la disparition pure et simple des propos racistes, xénophobes, sexistes, transphobes, handiphobes, ou encore homophobes, etc. Une loi ne résout rien, certes, mais c’est au moins un minima. Nous le voyons bien, avec la toute dernière sortie contre le port du voile dans les écoles publiques. Elle ne résout pas, pour autant, le port du voile, en général, et ne remet surtout pas en question le sexisme, le fondamentalisme et surtout, le machisme intégral des religions perpétrés sur les femmes et les homosexuel.le.s. Elle ne résout pas, non plus, le problème de l’exclusion des jeunes issu.e.s de l’immigration. Il en sera donc de même, avec une loi promulguée contre les propos homophobes. Pourra-t-elle empêcher, par exemple, la recrudescence des crimes homophobes ?

Combien de victimes ?

Faut-il rappeler le nombre de meurtres, dernièrement perpétrés sur les lieux de drague, contre des homos ? Le dernier fut fatal à un jeune homme de Reims, agressé et jeté dans un canal par une bande de jeunes néo-fascistes. Certes, les assassins ont été condamnés à la prison ferme, par la loi du 15 mars 2003. Comme quoi, les lois servent parfois la cause, mais hélas, une fois le copain mort ! Les propos homophobes ou lesbophobes, etc., ont-ils cessé pour autant, sur nos lieux de travail et de vie ? Faut-il également rappeler l’ampleur que prennent les crimes ciblés sur les transgenres ? Quatre commis en France et dix-sept aux États-Unis, pour la seule année 2003. Ce n’est pas une loi de plus qu’il faut promulguer, mais c’est également nos mentalités et notre regard quotidien sur les autres qu’il faut changer. En luttant par exemple, tous les jours, contre le patriarcat et de manière globale !

Patrick Schindler, groupe Claaaaaash, pour la commission antipatriarcale de la FA


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