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« Ma vie sans moi » un film d’Isabel Coixet

Le jeudi 22 janvier 2004.

Almodovar parle du film d’Isabel Coixet Ma vie sans moi qu’il a produit : « J’ai tant aimé cette histoire que j’aurais voulu l’adapter et la réaliser moi-même, mais Isabel l’avait trouvée avant moi… Moi, j’aurais sans doute fait une comédie… Elle a fait un film très différent… a surmonté les risques… en y mettant tout son cœur ainsi qu’une énorme délicatesse… ».

Anne (Sarah Polley) apprend à 23 ans qu’elle n’a plus que quelques mois à vivre. Elle fait un programme en dix points de tout ce qu’elle doit faire avant de disparaître :

1. Dire à mes filles que je les aime… plusieurs fois par jour. 2. Trouver une nouvelle femme pour Don (son mari) qui plaise à mes filles. 3. Enregistrer des messages d’anniversaire pour mes filles jusqu’à leurs 18 ans. 4. Aller pique-niquer à la mer tous ensemble. 5. Fumer et boire autant que je veux. 6. Dire ce que je pense. 7. Faire l’amour avec d’autres hommes, pour voir ce que ça fait. 8. Rendre quelqu’un amoureux de moi. 9. Aller voir mon père en prison. 10. Me faire poser de faux ongles… Et changer de coiffure. Cette liste de choses à faire ressemble aux questionnaires de revues féminines. Mais ça n’a rien à voir : alors qu’elle sait qu’elle va mourir, elle établit un programme de vie. Ce n’est pas futile, c’est profond, charmant et aimant. Elle trouvera une femme à son mari qui plaira à ses filles, elle connaîtra quelqu’un qui tombera infiniment amoureux d’elle. Elle apportera à chacune et à chacun quelque chose d’important — se taisant jusqu’à la fin sur ce qui l’attend — elle saura communiquer son don inné pour la vie.

Ce qui est original dans ce film à l’histoire infiniment triste, c’est la manière de réagir à son destin cruel, implacable. La douleur et la colère qu’elle éprouve elle-même, d’être frappée si injustement par la maladie n’est pas mise au premier plan. Non, elle ne montre pas en quoi elle a toutes les raisons du monde d’être désespérée ; sans héroïsme exagéré, ni gestes ostentatoires, elle pense aux autres, aux êtres chers : comment les protéger de ce choc qu’elle pressent mais qu’elle ne pourra plus amortir : ses filles, son mari, sa mère devront faire face sans elle à « la vie sans elle ». Cette jeune femme, qui ne se plaint jamais de rien, pense à comment ceux qui vont rester, vont vivre sans elle, concrètement. Voyons pour son mari.

Il est très jeune, très amoureux, un père affectueux, certes, mais il n’est pas très organisé, il risque de se mélanger les pédales. Donc, ce n’est pas à lui qu’elle va confier ses messages qu’elle préparera pour ses filles pour toutes leurs fêtes jusqu’à leurs 18 ans. Car elle va enregistrer des messages d’anniversaire pour ses fillettes sur des cassettes : elle expliquera au médecin, à qui elle va finalement demander de les leur remettre, que son jeune mari Don risque de tout mélanger ! Puisqu’elle doit mourir de toute façon, elle refuse d’entrer à l’hôpital et de prêter son pauvre corps à des expériences, analyses, etc. qui ne changeront rien à son sort. En très peu de temps, elle veut vivre et connaître des sensations qu’elle ne pourra pas remettre à plus tard, parce qu’elle ne sera plus là pour les vivre. Elle réussit et ça la bouleverse.

Et nous sommes là, à pleurer comme si nous allions perdre une amie, une sœur. C’est un film communicatif, il est léger, plein de joie. Les personnages sont vivants et exigeants, aimants et en mouvement. Les interprètes sont tous exceptionnels, avant tout Sarah Polley que nous connaissons bien du cinéma de Atom Egoyan. Elle est épaulée par des actrices et des acteurs toutes et tous épatants, simples et vrais. Nous n’allons plus jamais l’oublier. Ce film sur une mort annoncée, fulgurante, apprendra à tout le monde à vivre un peu plus et ô combien mieux, l’instant.

Heike Hurst


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