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Informations brèves et décousues sur les migrations

Le jeudi 29 janvier 2004.

Bush et les clandestins

Une grande opération de régularisation n’est pas forcément le signe d’un intérêt pour l’humanité. Quand George W Bush annonce une « légalisation » des travailleurs, ce n’est pas comme il le prétend pour « faire de l’Amérique un pays plus généreux, plus humain », mais surtout « plus fort ». Au moins, il y a l’aveu qu’avec 8 millions de clandestins dont la moitié de Mexicains, « le système ne marche pas ».

Bush propose donc à ceux-ci la possibilité d’accéder à un statut légal. Mais ce statut légal sera temporaire pour ne durer que trois ans, éventuellement renouvelables, et « aura une fin » selon les mots de Bush. L’administration Bush veut à l’issue de ces trois ans « inciter » ces personnes à rentrer dans leur pays d’origine, le but étant aussi « d’éviter de figer aux États-Unis des populations piégées par l’illégalité de leur séjour ».

L’intérêt pour les États-Unis est multiple : fournir des travailleurs plus stables, donc plus productifs aux entreprises (notamment celles de la restauration, du bâtiment et de l’agriculture), mais permettre en contrepartie à l’État de contrôler ces étrangers en les fichant. Un intérêt immédiat pour Bush est aussi de s’octroyer la sympathie de la forte minorité hispanophone dans la perspective des prochaines élections américaines.

Quelques heures après le discours de Bush, des clandestins hispaniques de Californie se déclaraient déçus, résignés à l’idée de demeurer discrets. Il n’est pas certain que beaucoup acceptent de troquer leur clandestinité pour un statut temporaire.

Sources : Libération et dépêche AFP du 8 janvier 2004, La Croix du 9 janvier 2004.

Sarkozy en Chine

C’est à un échange de bons procédés répressifs auquel nous allons assister. Pour Sarkozy, vive la coopération internationale des policiers. Chacun de ses voyages est consacré à la lutte contre l’immigration clandestine et la criminalité organisée, les deux termes étant systématiquement associés.

Celui qu’il a fait en Chine début janvier ne fait pas exception. Ainsi, suite à l’accord signé à Pékin, il y aura donc des policiers français dans les aéroports de Pékin et de Shanghai et des policiers chinois à Roissy-Charles-de-Gaulle.

Sarkozy a parlé des droits de l’homme au président chinois, mais juste pour la forme. Car le résultat de ce voyage est forcément un coup porté à ces droits humains. Supposons un instant que des Chinois dissidents ou des Tibétains viennent en France (munis de faux ou de vrais papiers) pour y demander l’asile et se retrouvent à Roissy face à des policiers chinois : il semble évident que ceux-ci vont tout faire pour qu’ils soient renvoyés en Chine, où ils risquent de se retrouver en prison et torturés. Plus Sarkozy voyage, plus la libre circulation et le droit d’asile sont en danger. Il faut donc empêcher Sarkozy de voyager.

Fillon et le dossier de l’intégration

Pendant que Sarkozy se promène, François Fillon, ministre des Affaires sociales, cherche à reprendre la main sur certains dossiers, comme celui de l’intégration, que Sarko cherche à lui piquer. En décembre, Fillon a défendu le contrat d’accueil et d’intégration, expérimenté depuis six mois dans douze départements.

Ce contrat, basé sur le volontariat, donne droit à une formation linguistique de 500 heures, à une journée de formation civique et à un accompagnement social « personnalisé ». Quelque 3 500 étrangers l’ont déjà signé en 2003, mais sa lourdeur, les contraintes de temps (comment consacrer 500 heures quand on travaille ?) et les carences budgétaires vont entraver sa montée en puissance.

En face de ce contrat d’intégration, qui ne concerne que les immigrés nouveaux entrés légalement en France et dont le fondement est surtout moral et symbolique, pèsent les discriminations que vivent les populations d’origine étrangère : en bon libéraux, Fillon et Raffarin en appellent aux entreprises : « Il faut inciter les entreprises à intégrer le plus possible, le mieux possible les Français issus de l’intégration » (sic !) (cf. Les Échos du 8 décembre 2003). Et Raffarin d’ajouter que « l’État doit donner l’exemple en matière de recrutement ».

Vœux pieux quand on sait que les entreprises privées et les services publics diminuent leurs effectifs. Vœux pieux aussi quand on entend du même gouvernement des discours musclés contre l’immigration clandestine et contre les « sauvageons » : ces discours sont entendus 5 sur 5 par la frange la plus raciste de l’électorat, qui en redemande et votera encore FN puisque ça apporte des résultats allant dans ce sens.

Et si le problème de l’intégration, c’était surtout les Français ?

Nucléaire, populations en danger

Ce sujet semble ne pas entrer directement dans le cadre de cette rubrique. Cependant, il est des aspects qui méritent notre attention. Ainsi, le minerai d’uranium qui sert de combustible aux centrales nucléaires est extrait au Niger par le groupe Areva/Cogema. L’association Aghir In’Man, créée dans la ville minière d’Arlit (80 000 habitants), soutenue par la Criirad (commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité), dénonce un certain nombre d’effets de l’exploitation du gisement d’uranium : démangeaisons, pathologies respiratoires et ophtalmologiques sont signalées par les habitants. Seuls deux décès par cancer ont été enregistrées officiellement, alors que les témoignages font état de cas bien plus nombreux.

La Cominak (filiale de la Cogema) dément que ces maladies soient liées à l’exploitation d’uranium et se couvre derrière un label ISO 14001, norme de contrôle très rigoureuse, « que même en France peu d’entreprises respectent ».

La Criirad a néanmoins pointé un certain nombre d’insuffisances en terme de confinement des poussières radioactives et s’inquiète de la possible contamination des eaux souterraines, la population locale étant très mal informée des dangers de la radioactivité.

Cela repose la question de l’accueil de personnes étrangères développant des pathologies graves : dans le cas présent, ça serait particulièrement justice, ces mines n’ayant d’intérêt que pour l’industrie française.

Source : Le Monde du 23 décembre 2003

Hervé, groupe FA de Nantes





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