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Ni dieu, ni maitre !

« Quel est l’esprit qui ne croit et qui sait » (Artaud)
Le jeudi 19 février 2004.

Les anarchistes sont contre toutes les religions et pour la rationalité. Pour autant, chacun est libre de croire ce qu’il veut. Il n’y a pas de contradiction avec notre opposition aux religions en ce qui nous concerne et notre refus qu’elles dirigent la société. Il ne s’agit pas de tolérance, l’autre n’a pas besoin de notre permission pour exister. Il s’agit de la liberté de conscience, de liberté individuelle. Nous n’allons pas surveiller les gens pour savoir s’ils croisent les doigts ou évitent de passer sous une échelle pour exorciser des peurs irrationnelles. Nous n’allons pas instituer de police de la pensée.

Il y a à différencier la religion comme institution, et la croyance de chacun avec ses raisons qui lui sont propres, conscientes et inconscientes. On peut alors critiquer l’église avec son pouvoir, son argent, son obscurantisme, son fanatisme criminel, son dogme et sa morale hypocrite, la soumission à une soit-disant transcendance, le destin qu’elle impose à toute existence, son règne d’un pseudo-idéal contre l’être réel, son asservissement de la personne, sa haine de la vie et de la liberté.

La religion est souvent liée dans l’histoire à l’état dont elle a le même caractère de négation de l’individu. Croyant ou citoyen, le sujet n’existe que comme partie d’un tout, identifié à une catégorie. Au contrôle physique s’ajoute celui de la pensée et du psychisme.

L’argent et le capital sont les symboles phalliques d’un système totalitaire qu’ils régentent. Le capitalisme repose sur une adhésion irrationnelle et tient son emprise tant sur le corps que sur les esprits.

Tout un chacun peut, avec l’état, dieu ou l’argent, y projeter un fantasme de toute-puissance qui serait à sa disposition en échange de son assujettissement.

La question de la croyance n’est pas si simple. La pensée mythologique est celle de l’enfant et peut perdurer chez l’adulte, notamment par la culture quand elle est symbolique. Tous les systèmes jouent sur les représentations psychiques remontant parfois à l’enfance, accaparent ou détruisent le symbolique et la signification de l’existence. Une idéologie dominante vient étouffer la culture et la création. Se maintient ainsi un état de passivité et de dépendance, que d’aucuns peuvent trouver plus confortable et préférer ne pas savoir. Le fatalisme sert d’illusion. Car être libre, c’est être responsable.

Cependant la rationalité a aussi engendré le scientisme qui peut devenir totalitaire comme le marxisme. Le pouvoir scientifique peut être despotique. Il faut renoncer à ce désir de paradigme où tout serait expliqué dans un fantasme de toute-puissance, de tout maîtriser. Il ne s’agit pas de renoncer à la raison, mais de reconnaître la part de croyance dans notre savoir et dans nos idées, cette croyance en l’être humain qui fonde nos espoirs de justice sociale et de liberté. « J’avoue qu’il y aura du sentiment ; nous autres, nous n’avons pas la prétention d’arracher le cœur de nos poitrines » (Louise Michel).

Il faut accepter que tout savoir a ses limites et naît d’un non-savoir. Au fond de toute connaissance, il y a la relativité de son époque et de son lieu, et de la personne qui l’intègre à sa manière. Nous avons tous notre part d’irrationalité et de raisons inconscientes ignorées de nous-mêmes. Nous sommes faits aussi de subjectivité et de sentiments, et tant mieux. Et puisque nous sommes en même temps semblables et différents, chacun a droit à son histoire et à sa vérité. On ne peut pas obliger l’autre à être libre.

Savoir de non savoir, la mort reste un mystère dont la peur nourrit les superstitions. être libre, c’est être sexué et mortel dans le développement psychique. Chacun est libre de se débrouiller avec sa propre mort, et son angoisse, à sa façon.

« La vérité de ce monde est de ne pas en avoir » (Camus).

Jean Monjot





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