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Le Plus grand chapiteau du monde

Le jeudi 19 février 2004.

Vous allez rire, vous retiendrez votre souffle, votre cœur s’arrêtera de battre, vous allez avoir peur et vous allez pleurer, pour finir par retourner dans la plus grande indifférence chez vous, car après tout, tout ceci n’est que du spectacle.

Tenez-vous bien Mesdames et Messieurs voici les élections !



À la sortie de la guerre, la France se reconstruit. Évacués les collabos et les chouans : en Irlande, en Amérique du Sud ou revenus sous de fausses identités usurpées dans les camps lors de leur fuite piteuse vers l’Allemagne, pour mieux revenir se terrer. La place est libre pour les sauveurs de la république mais les tensions sont présentes entre ceux qui revendiquent le pouvoir. Un gouvernement d’union est finalement créé qui rassemble les différentes parties en présence après la grande purge de la collaboration. Plus patriotes qu’eux ça n’existe plus.

Mais, à la sortie de la guerre, l’État a faim, la bourgeoisie réclame son pain blanc. La France se retourne alors vers ses anciennes colonies (Algérie, Indochine) mais les choses ne sont plus si simples qu’elles l’étaient auparavant. Ces dernières sont soutenues dans des luttes de libérations nationales par les différents protagonistes de la désormais « guerre froide » qui oppose les bolcheviques de l’Union soviétique (les capitalistes d’État et leur bourgeoisie d’État) aux forces capitalistes de l’axe Atlantique des États-Unis d’Amérique (Les capitalistes libéraux et leur bourgeoisie d’actionnaires). Ceux-ci sont subtils et savent user des arcanes du pouvoir, à travers les différentes factions locales, pour mettre en avant leurs intérêts. Et, malgré des dehors romantiques et aventuriers, ce sont les prémices favorables aux futures structures de contrôle économique que sont l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et le FMI (Fonds Monétaire International). Tout est plus compliqué, c’est la merde et la débâcle (médiatiquement et humainement) à l’extérieur comme à l’intérieur où les extrémismes se réveillent autour du colonialisme dans le pour et le contre, avec la ferme intention pour les uns et les autres d’affirmer leur vision de l’ordre des choses par la dictature de préférence, que ce soit celle de la race ou celle du prolétariat. Les chouans en profitent même pour se poser en victimes du colonialisme français (ce qui sera considéré à tort comme une affirmation de lutte des classes, alors qu’il ne s’agit que d’une lutte des races) ; on voit resurgir des nationalismes qui s’étaient tus jusque là, honteux au sortir de la collaboration, ou d’anciens Waffen-SS : on était tranquillement devenu de braves Irlandais dans la jovialité de la fraternité celtique ; le discours autrefois raciste se mâtine d’anticolonialisme : une nouvelle gauche est née, enfin et déjà prête pour l’Europe des régions. Les valets passent, les maîtres restent.

Les années soixante-soixante-dix ont été faites de rêves, les années quatre-vingt seront faites d’espoir… Si dans les premières, les luttes sociales se sont épanouies ; le début des années quatre-vingt voit s’installer un climat géopolitique favorable à une libéralisation accrue de la société (au niveau européen et mondial) ; le néocolonialisme se vautre dans le fric et les coups d’État arrangés, les grandes puissances de l’axe Atlantique se partagent le gâteau et la France a l’arme nucléaire, un avenir qui irradie de tranquillité, on sent à peine la douce brise de la « crise économique ».

1981 : l’espoir est là, c’est la force tranquille qui s’installe, c’est la sociale : qui aurait pu y croire !

Mais il ne faut pas s’y tromper, le socialiste new-age n’est pas un âne et il sait ménager la chèvre (le capital) et les chous (les travailleurs/chômeurs). Ce sont les grandes avancées sociales : chômage structurel, développement de l’intérim (destruction du smic au profit du smic horaire), privatisations à tour de bras, mise en place de la décentralisation et du régionalisme (le petit nationalisme), politique extérieure de la France-Afrique (génocides au Rwanda, esclavage en Birmanie…). Bref l’économie se réveille de son sommeil embourgeoisé : la sociale peut motiver le propriétaire comme le prolétaire.

Mais, méfiance, la droite pourrait revenir. Garde ! Et les leçons d’histoire servent à ne pas répéter les mêmes erreurs ; ainsi, comme le préconisait un grand ancêtre de la révolution : « Il faut diviser pour mieux régner » (Louis XIV). On va alors mettre une extrême droite moribonde (OAS, poujadistes) sur le devant de la scène et lui donner accès aux médias et à la légitimité démocratique dans le noble but de pouvoir s’assurer un second septennat. Et ça marche…

Seulement, devant un tel marasme économique, le bon père de famille ne sait plus où donner de la tête : un coup à gauche, un coup à droite ; aujourd’hui il y en aurait même qui voudraient du radical : un coup à gauche, un coup à droite ; toujours les mêmes tentations autoritaristes mues par le désir du grand justicier redresseur de tordus.

Du coup, devant tant de confusion, les esprits habiles des politiciens se lepennisent : pour ne pas laisser germer ses idées nauséabondes piquons-les lui : lois Pasqua-Chevènement-Debré sur l’immigration, LSQ (Lois sur la sécurité quotidienne) chez les socialistes reprises à leur compte par l’UMP en les transformant opportunément en LSI (Lois sur la Sécurité Intérieure). Bref, après 1981, c’est 1984 tel que nous l’a décrit le romancier George Orwell ; l’étau se ressert, l’histoire varie en permanence par le flot continu de l’information/désinformation, le langage lui-même est instrumentalisé, la vie de chaque individu est contrôlée et soumise à des choix factices : celui de consommer, de choisir son maître.

Mais les structures du système d’exploitation sont absolument identiques et resteront immuables tant que personne (ou plutôt tout le monde) ne renversera ce vieux/nouveau système.

Allez, tremblez bourgeois.e.s, les petit.e.s comme les grand.e.s, frémis petit peuple d’en bas, le temps est encore venu de ne rien changer. La bourgeoisie sera encore la maîtresse demain tant qu’on jouera à ce jeu de dupes. Du chapeau sortiront encore des bourgeois.e.s qui nous imposeront plus ou moins affablement le capitalisme du fric et son corollaire étrangleur : le profit générateur de pouvoir augmenté et qui continuera à remplir l’escarcelle du pouvoir de tou.te.s ceux et celles qui s’y accrochent et dont le fantasme est de diriger. Lequel d’entre eux ne rêve pas de devenir vizir à la place du vizir ?

Enfin on nous promet encore un grand moment de magie : poudre aux yeux, acrobaties, grands frissons…

Enfin vote dur, vote mou, mais vote dans le trou ça sentira toujours la rose.

Pour changer ce système il ne s’agit pas de prendre le pouvoir mais de le renverser pour le remplacer par un autre fonctionnement de société, autogestionnaire et basé sur la libre association.

Il faut lutter en dehors de tout parti politique, pour l’égalité économique et sociale et pour le métissage des personnes et des cultures, en respectant les différences, d’âge, de sexe, d’orientation sexuelle et en privilégiant l’action et la démocratie directes plutôt que la délégation de pouvoir et la démocratie parlementaire (ce qui revient à signer un chèque en blanc, avec les résultats qu’on connaît).

Il faut lutter pour que chacun.e selon ses centres d’intérêts se prenne en main et décide de ses affaires, sans le moindre intermédiaire, pour son propre intérêt et celui de la collectivité, dans le respect mutuel ; dans son quartier, dans sa rue, sa commune, dans l’entreprise collectivisée et outil de la production des biens produits en fonction des seuls besoins.

Johann


Johan est militant du groupe Jes Futuro de la FA.

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Les anarchistes et les élections

Réunion publique organisée par le Groupe libertaire d’Ivry (Fédération anarchiste). À partir de 20 heures, au Forum Léo-Ferré, 11, rue Barbès, à Ivry-sur-Seine, M° Porte-d’Ivry.|





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