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13 mai 2003

une date dans l’histoire du mouvement social
Le jeudi 22 mai 2003.

Historique. C’est bien ce mot qui revient encore sur toutes les lèvres quand on évoque, plusieurs jours après, la mobilisation du 13 mai. Même si la presse a parlé d’un million de participants, les chiffres, impossibles à préciser à une telle échelle, sont bien supérieurs. Cette journée, impulsée par tous les syndicats de salarié(e)s, était à la fois une journée de grève nationale (privé et public) et, donc, de manifestations. Objectif : instaurer un rapport de forces conséquent face à un pouvoir arrogant dans sa réforme des retraites. Petit tour de France des mobilisations, grâce aux comptes rendus des militant(e)s de la Fédération anarchiste, bien présent(e)s dans ces manifestations.

Dans le sud-ouest de la France, à Bordeaux, 80 000 manifestants se sont retrouvés pour défiler, les chiffres du mouvement de décembre 1995 sont dépassés. Le privé était assez présent. Des assemblées générales sont soutenues par Sud, il y avait un appel à manifester pour le jeudi 15 (soutenu par FO), les débats continuent partout ailleurs et la base fait pression sur les confédérations pour qu’elles prennent leurs responsabilités. Le groupe Bakounine (dont 3 militants figurent en photo dans le journal Sud-Ouest) nous signale 15 000 personnes à La Rochelle et Angoulême, 7 000 à Saintes, 5 000 à Rochefort. En Bretagne, 30 000 personnes ont défilé à Saint-Brieuc. CNT et Fédération anarchiste (qui préparent un rassemblement contre le Medef le 22 mai) ont défilé sous la même banderole : « Capitalisme partout, justice nulle part ». À Lorient (20 000 personnes) et Vannes (7 000), la CFDT, fortement implantée, a voulu prendre la tête des cortèges, ce qui lui a valu de devoir défiler de façon démarquée ou d’être huée à Lorient. À Nantes, 35 000 manifestants et 20 000 à Saint-Nazaire avec un secteur privé assez bien représenté ici (Chantiers navals, Airbus industrie). À Boulogne, 4 500 personnes ont exprimé leur mécontentement.

À Lille, dans une foule dense impossible à estimer pour nos camarades fédéré(e)s, une certitude : la tête du cortège revenait au point de départ de la manif alors que la fin n’avait pas encore commencé à marcher, malgré un parcours de… 5 kilomètres ! Le secteur privé était assez présent, mais le plus nombreux et le plus motivé restait le secteur public. Une anecdote : le petit cortège du Parti socialiste avait bien du mal à se trouver une place que personne ne voulait leur faire. Ils ont même tenté de se placer devant le cortège des rouge et noir ! Le groupe de Lille de la FA distribuait un tract appelant à la mobilisation générale contre le gouvernement CRS (Chirac, Raffarin, Sarkozy). Nancy verra un cortège anarchosyndicaliste et libertaire conséquent dans une manif de 15 000 personnes. Le lendemain, une nouvelle manifestation se déroulera, mais plus nettement modeste où les Sud, CNT et membres de la FA étaient toujours très présents.

Dans la capitale, 300 000 manifestants (à cette échelle, il est impossible de compter et d’ailleurs cela a-t-il encore de l’importance ?) ont participé à une marche ininterrompue de six heures ! Un stand de Radio libertaire et de la Fédération anarchiste, placé sur le parcours du défilé, connut un succès exceptionnel. Notons que certaines revendications de banderoles syndicales détonaient parfois en regard des positions confédérales, généralement plus sages. Lyon a rassemblé peut-être 50 000 personnes dans un défilé combatif. Les confédérations n’appelant pas à des assemblées générales interprofessionnelles, des militants de base en ont pris l’initiative. Mais des pressions ont limité l’impact d’un appel à la grève reconductible.

Plus au sud, à Avignon, 35 000 personnes ont défilé autour des remparts de la ville. Vers midi, alors que la CGT appelle à la dislocation, des syndicalistes de l’Éducation nationale prennent l’initiative de continuer la manif vers le centre-ville. Un sit in devant la mairie aura lieu au son de slogans appelant à l’unité public-privé. Non loin de là, à Nîmes, 25 000 marcheurs vont sillonner la ville. Ici, dès le soir du 13 mai, une AG se rassemble à 18 heures à la Maison carrée pour organiser la grève reconductible pour tous les secteurs.

Dans les relations de ces manifestations, nos camarades se retrouvent sur un certain nombre d’observations : les manifestants étaient généralement assez sages… Beaucoup plus que les libertaires et anarchosyndicalistes qui souvent défileront en criant, faisant du bruit. Cela dit, c’est très souvent que nos militants ne se sont pas regroupés en cortèges spécifiques anarchistes, préférant défiler avec leurs camarades de luttes syndicales.

La CGT a fortement impressionné. Le secteur de l’éducation, déjà mobilisé contre les lois de décentralisation et qui s’était fait remarquer lors de la journée d’action du 6 mai contre la réforme de la décentralisation, est en pointe. Ils sont pour le moment les éléments les plus actifs dans l’action interprofessionnelle notamment, et les moins aptes à la compromission avec le gouvernement CRS. Des AG de grévistes semblent se tenir un peu partout (Nîmes, Versailles, Lille, etc.) ou tentent de se réunir, souvent sans l’aval des confédérations. Alors qu’une nouvelle journée de grève nationale dans l’enseignement s’annonce pour le 19 mai et la prochaine journée nationale de manifestation à Paris pour le 25, il est certain que les confédérations feront le nécessaire pour que le mouvement reste sous contrôle. Les réactions gouvernementales et la combativité de la base des syndicats seront deux facteurs déterminants pour la suite des événements, avec la question de la division syndicale qui est une stratégie classique des pouvoirs.

Lancelot Dulac, groupe Gard-Vaucluse





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