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Opéra d’casbah

Rire pour ne pas pleurer

Le jeudi 22 mai 2003.

À l’Opéra-Comique se joue actuellement le nouveau spectacle de Fellag : l’Opéra d’Casbah. Voulu comme une libre adaptation de L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht, ses héritiers ont semble-t-il tenté d’y mettre un terme. C’était compter sans l’écriture de Fellag qui, même après avoir remanié son spectacle, a trouvé le ton juste : cette émotion qu’avait su créer Brecht. Le tout en deux parties.

Biyouna, comédienne et chanteuse algérienne, nous parle d’abord avec chaleur de sa Casbah, rigole de son fils — de l’autre côté de la Méditerranée — avec ses problèmes de couple cristallisés autour du ramadan ou non. Intervient alors un autre comédien, Abdou Elaidi, affublé d’un bleu de travail, qui nous fait plus penser à un ouvrier des usines Renault qu’à un technicien de théâtre, même s’il est bien inscrit sur le bleu « Opéra-Comique », en français et en arabe… Nous avons alors droit à une reprise d’un grand standard de la chanson française qui doit faire grincer ceux et celles qui se font de la France une idée éternelle.

Après l’entracte, Fellag entre en scène et nous explique comment faire un bon petit couscous. Au-delà de l’aspect culinaire de la chose, il fait l’état des lieux des relations franco-maghrébines, cause des dictatures du Maghreb, éclaire sous un autre jour le contrat d’intégration de Sarkozy… et mille autres choses encore comme une libre interprétation du conflit israélo-palestinien. Sans oublier les danseuses et l’orchestre chaâbi dirigé par Nasredine Dalil.

Il y a du bonheur dans cet Opéra d’casbah. Pas de démonstration, mais une lucidité heureuse. Des stars mais personne mis en avant : les comédiennes, les comédiens, les danseuses, l’orchestre, la mise en scène sont là pour former un tout avec la salle. Tout le monde se retrouve au service de la seule émotion. C’est peut-être là que certains critiques parlent du travail de réconciliation dans l’écriture de Fellag. Car, à mieux y regarder, c’est de l’humiliation de la colonisation française dont on cause, de la détresse des immigrés venus créer le sous-prolétariat en France, de la difficulté à trouver un sens à son existence, entre deux pays, malmené d’un côté par les patrons et le racisme et de l’autre par la misère et une société autoritaire.

Que voulez-vous réconcilier ? Il s’agit seulement de comprendre pour tenter de continuer son chemin. Fellag est incisif dans la mesure où il a su mettre des mots sur des sentiments contradictoires : de la joie d’avoir pu mener sa vie jusqu’ici comme on a pu, de la haine de se voir limité et parqué par les dominants qui décident pour nous. Cette souffrance, il l’a vue et nous la restitue après l’avoir broyée, passée au mixeur, au four et en y rajoutant quelques épices. Un festin pour nous dire que nous seules, nous seuls, comptons, nous autres les gueux et les gueuses, qu’il est temps de nous réconcilier, au lieu de nous envier, pour avancer ensemble et inventer un autre futur.

Ce spectacle unit comme ces vins moelleux qui se refusent de s’agripper en pleurs sur la paroi du verre. Tout le monde en est content, et ceux et celles qui s’y intéressent de plus près les dégustent.

François, groupe Claaaaaash


Opéra d’Casbah, un spectacle musical écrit et joué par Fellag, mis en images par Jérôme Savary, à l’Opéra-Comique jusqu’au 29 juin 2003. Du mardi au samedi à 20 heures, le dimanche à 15 heures. Tarifs : de 7 à 50 euros.




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