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éditorial du n° 1349

Le jeudi 4 mars 2004.

« Anarchie en Haïti. » Certes, nous ne sommes pas de fins observateurs politiques, mais sans vouloir blesser l’orgueil des journalistes de Libé, une coquille s’est glissée dans une de leurs « une ». Rien de tel en Haïti : seulement la fin de règne d’un ignoble. Seulement un peuple qui va devoir panser une fois encore ses blessures. Le drame est qu’aucune perspective satisfaisante ne se présente à l’horizon. Souffrir autant pour qu’un nouveau pouvoir impose sa tyrannie ? Il suffit aux Haïtiens de contempler leur histoire pour comprendre que celle-ci va se répéter. Alexandre Adler nous propose depuis quelques jours par le biais de sa chronique sur France Culture une alternative : la recolonisation de ce pays par la France et les États nord-américains.

Nous pourrions gloser longtemps sur cette judicieuse idée, mais une lassitude nous envahit. Une catastrophe humaine se déroule sous nos yeux aux Caraïbes. Est-ce pour autant une réponse satisfaisante que de faire de Haïti un nouveau « Bahamas » afin que le capitalisme puisse laver son argent sale ?

Des idées comme ça, ils en ont plein leur besace, nous les sortent continuellement. Le seul hic ? Ils les appliquent, reste à nous d’avaler ces couleuvres. Que l’on ne vienne pas les déranger dans leurs élucubrations, nous aurions comme seule réponse : « Il faut bien que le monde tourne. » Il en est de même quand de vils ouvriers se permettent de poser quelques objections à la fermeture de leur usine. Au bout de quelques rounds de négociation, les syndicats admettent les faits et viennent expliquer dans les AG les sacrifices nécessaires au nom de la rentabilité…

Les discours restent continuellement les mêmes, les arguments finalement centrés sur ces notions de rentabilité, d’efficacité avec cette idée qui se veut magistrale : sans nous, c’est le chaos, l’anarchie ! Autrement dit, c’est l’art de justifier sa place sans répondre de ses actes. C’est mettre en place une système de pensée, à grands renforts de médias, afin qu’aucune remise en cause de la société ne soit possible.

Ce qui nous renvoie sans transition au vieux débat entre marxistes et libertaires qui revient semble-t-il à la mode. Des échanges écrits auraient lieu actuellement. À les écouter, il n’y a qu’un seul chemin vers la révolution : le leur. Au nom de quoi ? L’efficacité !

Ce socle théorique, selon lequel il y a du bon dans toute oppression, n’est pas le nôtre. Nous vous le laissons, vous les autoritaires de tout bord, et vous renvoyons dos à dos : la rentabilité est à l’idéologie libérale ce que l’efficacité est à l’idéologie marxiste.


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