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The European green party

Les Grosses légumes dans le même panier ?

Le jeudi 4 mars 2004.

Un truc dans le machin : c’est ainsi qu’on aurait envie de qualifier le tout récent Parti vert européen, The European Green Party, accouché par la Fédération européenne des partis écolos à Rome le 22 février dernier. Car si certains éditorialistes rendent hommage aux verts d’avoir pris les devants sur la scène politique européenne, franchement on a du mal à se passionner pour la chose. À croire que le temps de l’enchantement pour l’Europe économique est aujourd’hui révolu, s’il n’a jamais existé au cœur du peuple.

Cela dit, quand on se penche sur le berceau, il y a de quoi s’interroger : pourquoi tant d’efforts ? On se demande surtout si le dernier-né fera oublier ce que les partis verts ont subi de déconfitures ces dix dernières années, que ce soit à travers leurs brèves apparitions gouvernementales dans divers pays d’Europe, ou les sanctions électorales encore cuisantes. Et l’élargissement de l’Union européenne ne leur promet guère de jours meilleurs, les pays candidats n’ayant pas, ou peu de partis verts sur leur échiquiers politiques respectifs.

En attendant, le European Green Party a d’abord soigneusement respecté les statuts requis pour bénéficier du financement de l’Union européenne. Ce sera toujours ça de pris, alors que les députés écolos se cramponnent à leurs confortables sièges parlementaires, serrant les miches à la pensée des toutes prochaines élections européennes qui risquent d’en évacuer quelques-uns. Et lancent, à qui veut l’entendre, leur profession de foi dont le maître mot est : développement soutenable. Ils ne l’ont pas inventé, ça vient de l’ONU, millésimé sommet de Rio 1992 : « modèle de développement qui satisfait aux besoins de la génération présente, à commencer par ceux des plus démunis, sans compromettre la capacité des générations suivantes à satisfaire les leurs ». Dans les faits, on garde le capitalisme, mais en tâchant de lui donner figure humaine.

Humaine, ou… moins inhumaine. Là non plus, rien de nouveau. Credo alter-mondialiste qu’il est de bon ton d’ânonner dans les cercles citoyens car ça-ne-mange-pas-de-pain, il faut changer les frusques du libéralisme. Sapé comme un truand au point d’en perdre ses bonnes manières, le capitalisme s’égare dans ses hold-up et coups tordus. Halte là ! Mettons-lui un costume de chanvre, un chapeau de paille, et tout ira mieux. Les énergies renouvelables et non polluantes mettront-elles fin à la misère humaine ? Une usine fonctionnant à l’éolienne supprimera-t-elle l’aliénation de ses salariés ? Dans les pays pauvres, qu’ils soient d’Europe ou du tiers-monde, la fibre écolo ne vibre guère. On réclamerait plutôt le droit de polluer comme les pays développés le firent sans vergogne pour, dans le respect de la sacro-sainte loi du marché, accéder enfin aux diverses tables où l’économie se négocie entre « grands ». Après tout, dans ce système où la concurrence ne connaît pas de limites, comment en vouloir aux pauvres de suivre l’exemple des nantis, quand c’est le plus souvent avec la bénédiction des princes de la finance ?

Ainsi, à l’état-major du Parti vert européen, on a approuvé le projet de Constitution européenne, en tiquant tout juste sur la troisième partie — la plus longue, la plus détaillée — que d’aucuns jugent « un peu trop libérale » (doux euphémisme pour un texte qui célèbre, tenez-vous bien, « une économie sociale de marché hautement compétitive », avec les résultats que l’on sait). Et on se réjouit d’innovations comme le développement durable, le commerce équitable, l’égalité hommes femmes, dérisoires recommandations inscrites dans le projet de Constitution, que le système libéral aura tout le loisir de ne pas suivre.

Les partis verts, nés de légitimes préoccupations quant aux questions nucléaires, énergétiques, environnementales, etc. tâchent aujourd’hui d’épaissir leur tambouille politique en courtisant les milieux syndicalistes et d’extrême gauche. La tentative de séduction cache mal une volonté, bien réelle pour les épris du pouvoir, de conjurer les défaites électorales en rendant plus lisible, et surtout plus visible, le pseudo-projet écologiste. Dany Cohn-Bendit lui-même, aujourd’hui plus vache qu’hier enragé, parle d’une « valeur ajoutée » en évoquant les partis verts, ce dont il faut convaincre les électeurs. Belle rhétorique de représentants de commerce…

En tout cas, la grande promo va commencer. Dans la perspective des élections européennes en juin prochain, un matériel commun de propagande est, dit-on, en préparation. Et les candidats, Cohn-Bendit en tête, s’apprêtent à siffler les troupes, dont les rangs n’apparaissent pas si en ordre que ça. On entend çà et là des militants maugréer, pestant contre l’écologisme parlementaire et estimant à juste titre préférable de revenir sur le terrain, voire, le cas échéant, à des formes d’actions plus directes. Renouer, en somme, avec la militance écolo des origines, avec un combat que les anarchistes n’ont pour leur part jamais renié.

Involontairement, l’European Green Party pose cette question essentielle aux militants écologistes : défendre les intérêts des notables étiquetés « verts », ou… se réapproprier une lutte qui commence, nécessairement, dans la rue ?

André Sulfide





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