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Le Travail, c’est l’exploitation

le chomage c’est la misère
Le mardi 11 mars 2003.

Les patrons de ST Microélectronics veulent fermer l’usine de Rennes. Environ 600 salariés sont menacés d’être jetés à la rue. Cette multinationale réalise d’énormes profits. Son PDG, interviewé dans la presse patronale allemande, a indiqué qu’il dispose de 2 milliards d’euros de cash pour procéder à des acquisitions d’entreprises.

Le cas de ST Micro n’est évidemment pas isolé. Les plans de licenciements (appelés sans blague « plan de sauvegarde de l’emploi ») se sont accélérés partout en France : ACT, Metalleurop, Danone, Lu, Moulinex, Mark & Spencer, Mitsubishi près de Rennes (1 000 emplois sacrifiés). La liste est longue. Et, pourtant, la plupart des nouvelles inscriptions au chômage sont dues soit à la généralisation de la précarisation des emplois, soit à des licenciements individuels dans les PME, là où seulement tenter de vouloir s’organiser, de se syndiquer relève de la gageure.

Depuis le mois de septembre, il y a eu des manifs sur Rennes pour la défense de l’emploi à Philips, Thomson et ST Micro. Près de 2 000 personnes ont participé à la manif unitaire convergeant vers la gare de Rennes. Parmi eux, des intermittents du spectacle, des précaires et d’autres salariés, inquiets pour leurs emplois.

Plus de vingt années de social-libéralisme de gauche ou de crétine-démocratie de droite auront mené à la casse des droits sociaux, et à substituer de la précarité au travail stable. Les allégements des charges patronales, mis en place par les gouvernements successifs, n’ont évidemment pas résorbé le chômage, et pour une raison très simple, c’est que les patrons ont besoin du chômage. En effet :

- Le chômage permet aux patrons d’avoir recours aux emplois précaires, qui se multiplient : à Rennes, c’est Peugeot-Citroën qui ose se vanter de créer des emplois alors que ce sont 2 700 emplois CDD ou en intérim que seront peut-être contraints d’accepter les salariés de STMicro.

- Le chômage est aussi un moyen de faire accepter aux salarié.e.s des salaires plus bas (si vous n’êtes pas contents, allez voir ailleurs !).

Quand Chirac dit que le chômage est sa priorité nationale (tiens, une priorité de plus, comment il fait pour gérer toutes ses priorités… à droite !) avant les élections, il ne dit rien d’autre que : « En mettant en place le RMA, et en cassant le Code du travail (rapport de Virville), je permets aux patrons d’utiliser 5 précaires pour 1 smicard », qui, lui, serait encore « trop cher » pour les patrons.

Devant l’ampleur des attaques antisociales (commencées par la gauche et amplifiées par la droite), dont Le Monde libertaire se fait régulièrement l’écho, et afin d’essayer de tracer des perspectives, il convient de se demander sur qui les travailleurs, précaires, chômeurs peuvent compter ?

Sur des patrons au fait de leur « responsabilité sociale » ? L ‘accumulation du capital et la recherche du profit maximal sont à la base même du système capitaliste. Les actionnaires réclament un rendement sans cesse croissant de leurs placements financiers, c’est la condition sine qua non de leur engagement sous peine d’aller investir ailleurs, là où c’est censé être plus profitable. Les gestionnaires du système n’ont pas d’autre choix que de jouer sur les variables d’ajustement du système : les salaires directs et différés (retraites, prestations sociales, assurance maladie, chômage, etc.) qui sont une partie de la rémunération du travail sont alors pressurés à la baisse.

Sur la justice ? Elle a donné raison aux patrons de ST Micro, en obligeant de fait les représentants du comité d’entreprise à négocier le plan social. Quoi d’étonnant à cela, quand on sait les liens que ces notables entretiennent souvent avec la classe politique et économique. Rendre la justice, c’est avant tout donner raison au plus fort.

Sur l’État ? Actionnaire à 17 % de ST Micro, celui-ci entérine les décisions prises. Quand il commande des rapports et autres expertises, c’est pour mieux enterrer les problèmes. En revanche, il montre son vrai visage en expulsant les salariés de ST Micro qui occupent leur usine.

Sur la classe politique institutionnelle ? Cela serait un leurre de croire que la situation sociale serait modifiée par l’arrivée au pouvoir d’un « homme providentiel » de gauche ou d’extrême gauche. Quels moyens les politiciens ont-ils pour obliger les patrons à garder leurs salariés ? N’oublions pas que ce sont ces mêmes politiciens qui ont dispensé ST Micro du versement de la taxe professionnelle depuis cinq ans, et qui lui accordent depuis six ans un tarif préférentiel sur l’eau. Au conseil général et régional, ils votent les millions d’euros de subventions aux entreprises privées. Au niveau national, ils exonèrent toujours plus les patrons du paiement de leurs charges sociales. C’est également le maire de Rennes qui décide de la fermeture de classes, et qui comme administrateur de l’hôpital, ferme des lits.

Sur le vote pour les partis politiques d’extrême gauche ? En votant LO-LCR : qui peut croire qu’on va sauver la Sécu ? Qui peut croire qu’on va empêcher les licenciements chez STMicro ou ailleurs ? Qui peut croire qu’on va sauver les statuts des fonctionnaires, les conventions collectives et le Code du travail, empêcher le transfert des TOS de l’Éducation nationale vers les collectivités territoriales ? Qui peut croire que l’on empêchera la régionalisation, véritable liquidation des services publics (école, hôpital, équipement, etc.), en votant… aux régionales ! À quoi servent les candidatures LO-LCR, sinon à jouer les alibis et les faire-valoir du pseudo-système démocratique et accessoirement à recueillir des subsides de l’État ? Fernand Pelloutier, fondateur des Bourses du travail et à l’origine de la création de la CGT, écrivait : « On ne s’assoit pas à une table qu’on prétend renverser. »

Sur les syndicats ? Ce sont des outils de lutte, qui sont très utiles quand ils sont maîtrisés par la base. À leur tête se trouvent malheureusement des bureaucrates qui défendent bien souvent leurs propres intérêts de structure, c’est-à-dire leur rôle d’interlocuteurs uniques du patronat et des gouvernements, ce qui leur confère un certain pouvoir. D’une part, ils ne veulent pas prendre trop de risques pour ne pas mettre en danger leur structure (on l’a vu lors du mouvement de mai-juin 2003 sur les retraites quand ils ont refusé d’appeler à la grève générale). D’autre part, ils sont souvent liés à des partis politiques gouvernementaux. Ils servent donc de courroie de transmission à la future « alternance politicienne ». Sur l’Ille-et-Vilaine, s’il faut se féliciter de ce que les UD CGT, FO et CFDT ont appelé à la manifestation unitaire du samedi 28 février pour la sauvegarde de l’emploi, ce soutien (et sur quelles bases ?) est bien tardif… Les manquements des structures syndicales sont surtout un révélateur du manque de puissance de la base militante. C’est la raison pour laquelle l’époque de régression sociale que nous connaissons n’aura de fin que lorsque nous serons en capacité de faire converger les luttes, à la base.

Les seuls combats perdus sont ceux qu’on ne mène pas

Tous les droits sociaux et les garanties sociales qui sont actuellement laminés ont été acquis de haute lutte par le passé lors de conflits parfois très durs. Les travailleurs et exclus ont dû s’organiser et lutter collectivement contre l’état et le patronat pour leur imposer de pouvoir vivre mieux. Le monde du travail est actuellement divisé et affaibli. Le patronat joue des différences de statuts pour rejeter les salariés les uns contre les autres : jeunes, vieux, chômeurs, précaires, CDI et fonctionnaires, en essayant de culpabiliser les uns et de montrer du doigt les autres.

ST Micro ne veut pas céder sur la fermeture de Rennes. La direction ne veut verser que des indemnités de licenciement minimales : c’est vraisemblablement parce qu’elle sait que l’exemple de la lutte des salariés de ST Micro va être regardé à la loupe par les autres salarié.e.s du groupe dont elle prévoit de fermer éventuellement ses autres sites en France. Mais d’un autre côté, des entreprises étrangères s’installent en France quand les conditions leur sont plus favorables qu’ailleurs : elles reçoivent de l’argent public, ou encore quand les salaires sont très bas. Il est évident que les travailleurs indiens ou chinois ne vivront pas mieux grâce aux délocalisations dans leur pays. Si les entreprises occidentales s’y implantent, c’est justement parce que le prix du travail y est très faible. Le syndicalisme y est en effet très fortement réprimé, voire interdit. La baisse généralisée du coût du travail organisée par les patrons à l’échelle mondiale, à cause de la concurrence internationale, est liée au taux de profit, qui doit sans cesse être croissant. La seule vraie question à se poser pour vivre décemment, c’est comment on s’organise pour lutter contre un système capitaliste qui est mondialisé.

Chacun sent bien que la réponse à ce système d’exploitation ne peut être électorale, mais se trouve dans les luttes sociales. L’urgence du moment est à la riposte généralisée et fédérée des travailleurs, chômeurs, précaires, retraités, syndicalistes, futurs licenciés du secteur public ou privés de droits… Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Alors, travailleurs, chômeurs, précaires, retraités, organisons-nous collectivement pour mener la contre-offensive sociale. Pour vivre heureux et gérer nous-mêmes notre avenir, il faudra en finir avec le capitalisme et l’État. Cela passe évidemment par le refus de la délégation de pouvoir aux politiciens. Donc, en mars et juin prochain, n’allons pas voter aux prochaines élections.

groupe La Sociale





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