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Allez, une petite piqure, baron !

Le jeudi 11 mars 2004.

Elle était belle, cette commission pour « l’avenir » de l’assurance maladie, et elle a rendu ses conclusions de façon consensuelle, du Medef à la CGT…

Nous vivons donc dans le meilleur des mondes, avec des « acteurs responsables ». Ce qui est très grave, c’est que cette fameuse commission a mis tous ses membres d’accord sur le fait de privatiser la Sécu quand elle sera en super forme financière.

Rappelons encore une fois les faits (voir à ce sujet les différents livres de B. Friot) : le déficit « constitué », « abyssal » de la Sécu n’est qu’une mauvaise analyse volontaire des chiffres.

En 2001, la Sécu a réalisé 300 milliards d’euros de recettes pour 10 milliards d’euros de déficit, ce qui nous fait un déficit colossal… de 3,3 %. Mais les politiciens de tous bords se remettent à nous parler de faillite du système. C’est effectivement à la faillite d’un système public de sécurité sociale qu’ils vont concourir, car si les mesures préconisées par les « sages » de la commission sont mises en œuvre, l’assurance maladie sera excédentaire, largement, avec des cotisations sociales supplémentaires à payer par les assurés (si la CSG n’existait pas, il faudrait l’inventer), et une très grande augmentation des cotisations des mutuelles, ce qui achèvera de tuer toute notion de solidarité sociale. Bref, la Sécu sera très rentable à vendre, et les assurés, eh bien, ils paieront davantage pour être moins bien soignés avec, pour l’ensemble du monde de la santé, la seule logique capitaliste comme référence.

Ce qui est insidieux dans les manœuvres actuelles, c’est que les assurés sociaux ne s’aperçoivent pas directement de l’atteinte à leurs droits, car de nombreux soins et examens bénéficient encore du tiers payant, mais le coût de ce système devient de plus en plus élevé à assurer pour les mutuelles, qui sont obligées d’augmenter beaucoup leurs tarifs, l’orientation générale du gouvernement étant de transférer les dépenses de la Sécu vers les mutuelles.

Rappelons que depuis le 1er janvier, tous les soins postopératoires non ambulatoires (rééducation, soins infirmiers, etc.) ne bénéficient plus du tiers payant.

Une autre mesure très importante prévue par la commission est de réduire la liste des bénéficiaires de l’ALD (Affection de longue durée). Précisons que les actuels bénéficiaires de l’ALD sont parkinsoniens, hémiplégiques, greffés, insuffisants respiratoires appareillés, etc., que des maladies légères ! Il semble évident à la commission que les diabétiques sont des gourmands, les myopathes des feignants, que les paraplégiques n’ont pas envie de se lever…

La Sécu se doit d’assurer pour ses grands malades la continuité des soins que leur état exige. Par le biais de la solidarité de tous les cotisants, c’était jusqu’alors tout à fait possible, et personne ne se serait amusé à chiffrer le « coût » journalier d’un paralysé. La manœuvre de la commission, c’est de restreindre l’accès à ces soins, en prétextant que le handicap n’est pas définitif, ou qu’il est évolutif. Bref, on ne paye plus pour les plus grands malades, tout en jurant qu’on va au contraire mieux les soigner en les « étudiant » au préalable.

Enfin, l’objet non avoué de cette commission est de transférer les prérogatives, même de base du régime obligatoire (la Sécu) vers le privé (compagnies d’assurance, etc.)

En clair, nous aurons la possibilité de nous assurer au régime obligatoire auprès d’organismes privés, répondant à une seule logique : le capitalisme, donc la recherche de plus-value sur notre santé. Et cette logique capitaliste ne sera plus que la seule référence puisque la notion de service public de protection sociale aura à terme concrètement disparu. Les magouilles financières, dans lesquelles certains médecins se délectent, se heurtent encore à un semblant de réglementations sociales et légales, émanant d’une volonté de maintenir encore un peu d’équité et un peu de dignité dans les soins apportés aux patients.

Mais, avec cette dérive inaugurée par la commission, tout sera permis. Citons entre autres une franchise sur le début des soins (comme en Suisse), des bonus et des malus sur l’état de santé, et la généralisation de la déréglementation des tarifs de soins. Le tableau est charmant.

Nous devons refuser toutes les dérives libérales de notre système de santé, que ce soit à la ville ou à l’hôpital (voir le Plan hôpital 2007). Elles sont toutes censées sauver le système, en améliorant la gestion des coûts ; c’est du délire pour nous faire avaler qu’on ne pourra plus se faire soigner, sous-entendu au même tarif qu’avant.

Les patrons sont à la porte d’un marché de plus de 300 milliards d’euros par an, rien que pour le régime obligatoire, alors ils sont encore plus fous que d’habitude. Allez, une petite piqûre, baron !

Bruno Damoiseaux, groupe Jean-Roger Caussimon, Nancy





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