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Marcos Carrasquer

un hermano perdedo (un splendide perdant)
Le jeudi 8 avril 2004.

Ce qui frappe immédiatement dans la peinture et les dessins de Marcos Carrasquer, c’est le grouillement des personnages, leur envahissement terrestre et symbolique, qui me rappelle un titre et un livre de Marcel Moreau : La Terre infestée d’hommes. Ce pullulement d’êtres (on songe aussi à Jérôme Bosch), souvent en copulations plus scabreuses qu’érotiques, à l’évidence obsessionnelles, envahit la toile et le papier, au point qu’aucun ciel n’y apparaît. Marcos Carrasquer échappe à ses angoisses par son travail, un faire exceptionnel d’artiste qui les transcende. Ce n’est jamais une échappatoire, mais c’est toujours un dépassement. Et comme tout créateur, il « dérange », comme dérangeait Goya dans sa brutalité visionnaire. Les Désastres de la guerre seront pour lui ceux de la guerre d’Espagne. Une guerre qu’il n’a pourtant pas vécue, mais que son père, « combattant libertaire d’une belle révolution », paya de l’exil en terre hollandaise, une guerre — et surtout une défaite — dont il fut pour ainsi dire nourri. Freddy Gomez dans sa préface au catalogue, emploie un adverbe qui me semble parfaitement convenir à la démarche du peintre : il « s’invente frénétiquement un bestiaire humain énigmatique, un monde à soi, un refuge peut-être ». C’est certain — je le dis comme je le sens —, Marcos Carrasquer est un « frénétique ». Dans le graphisme, il est dans la lignée de ce que fut en poésie Pétrus Borel le lycanthrope. Celui que Valéry Larbaud définissait comme « l’homme-loup opposé à l’homme-chien, l’artiste fier et indépendant opposé au bourgeois ambitieux et servile ». Référence oblige, surtout s’il l’ignore (il s’agit moins d’une influence que d’un état d’esprit), parce que, bien sûr, il est avant tout lui-même, celui dont la « petite mort » ne guérira jamais de la grande (Pasará), fût-ce dans l’alphabet de tous les désirs et de tous les fantasmes.

Souhaitons que le signe UHP retrouve ses origines et la lumière qui lui manque : « Unissez-vous frères prolétaires. » Et si la rigueur « abstraite » de Paolo Uccello convient mieux à son graphisme, que Marcos Carrasquer m’épargne la chute de la Vénus de Botticelli. Qu’elle retrouve son coquillage… C’est une confidence : j’en fus toujours amoureux…

Claude Kottelanne


Exposition Marcos Carrasquer., espace Louise-Michel, 42 ter, rue des Cascades, 75020 Paris, du 27 mars au 18 avril 2004. Catalogue disponible à Publico. 10 euros.





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