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¿ No pasarán ?

Serge Utgé-Royo au Trianon les 16 et 17 mai
Le jeudi 29 avril 2004.

S’il est un chanteur qui ne chante pas pour passer le temps, c’est bien Serge Utgé-Royo. ¿No pasarán? Ils ne passeront pas demain comme, hier, ils n’auraient pas dû passer. Au-delà du symbole, cet homme, aux racines profondément ancrées dans les combats pour la liberté, ressent le danger, comme d’autres l’avaient ressenti, il y a maintenant près de soixante-dix ans, des deux côtés des Pyrénées.

« Ami dessous la cendre, le feu va tout brûler, la nuit pourrait descendre dessus nos amitiés », ce texte écrit il y a bientôt vingt ans, que Serge voulait retirer de son tour de chant, pour passer à autre chose, comme on dit, reste d’une brûlante actualité, après le résultat des dernières élections régionales, où les scores du Front national semblent s’installer dans l’horizon politique.

«  Vous cherchez dans le crépuscule l’espérance de la survie… Les bruits de bottes de l’histoire, n’éveillent pas vos souvenirs… Amis dessous la cendre… Alors… plus que jamais ¡ No pasarán ! »

Mais à la question : « Faut-il ne chanter que la lutte et les combats ? », on trouve des réponses, dans les paroles enregistrées sur les huit disques de Serge. Prenons les chansons d’amour.

« Je me souviens de toi Amanda, la rue mouillée, courant à l’usine où travaillait Manuel. » « Qui partit dans la montagne, qui n’avait jamais rien fait de mal. Qui partit dans la montagne, et fut détruit en cinq minutes… Sonne la sirène du retour au travail, beaucoup ne revinrent pas, Manuel non plus. » Je me souviens de toi Amanda (Te recuerdo Amanda, de Victor Jara) mais aussi :

« Deux nègres dans la foule blanche, deux amoureux, deux insolents, deux femmes que la rue regarde, parce qu’elles ont croisé les doigts. » « L’amour est une longue danse, sur une piste de cristal… Il faut chanter dans le silence, et refuser la fin du bal. » Dans le jardin de Marie-Jeanne.

Mais aussi les liens fraternels : « Et dans mes mains j’ai réchauffé les pieds du vieux républicain. Couché au bord des Pyrénées, sous un soleil tiède et serein. » Les pieds du vieux républicain, son père, qui fait le lien avec « Les grands loups de l’enfance viennent dans mon jardin et piétinent les fleurs autour de la maison ».

C’est toujours ¡No pasarán!

L’espoir jamais asservi, dans cette chanson, extraite de Quartier de couleurs.

Lorsque la vie te brûle, la mort a goût de miel, encore son père, anarchiste catalan : « Antonio vient revoir les terres de Gérone aussi chaudes qu’hier… la terre catalane. » « Il pense que les fascistes, vraiment, n’ont pas vaincu… ».

Et la dénonciation, dans Les Hommes d’armes. Car « les hommes d’armes jouissent toujours sous de l’acier, les hommes d’armes n’ont pas de larmes à gaspiller. »

Dans Mon ami au cœur anar : « Il pense à toi, il pense aussi que c’est dur de croire au bonheur… Il aime la vie en couleurs, c’est un fou de drôle de folie. » Serge, l’anar qui pense avec Gabriel Celaya que la poésie est une arme chargée de futur : « Je maudis la poésie conçue comme un luxe culturel par les neutres qui, se lavant les mains, éludent les problèmes et font la sourde oreille. Je maudis la poésie de celui qui ne s’engage à se tacher. »

Et, enfin, dans cette chanson à la musique détournée d’un chant communiste d’avant-guerre : « Amis, la mémoire est fragile et les chemins vont s’effaçant… Il faut désirer l’impossible, lancer le poing contre le vent… » car « si l’utopie marque le pas sur l’horizon, aucune voix ne portera notre chanson ».

Chaque spectacle est un défi qu’il nous appelle à partager : ¿No pasarán? Un « No pasarán » entouré de deux points d’interrogation. Le premier est à l’envers, c’était l’Espagne, la guerre et le fascisme en Europe. Le second à l’endroit, pour aujourd’hui et pour demain. Haine ou fraternité, il faut savoir ce que l’on veut partager ensemble. La fraternité et l’espoir, assurément, comme avec Tardi, qui a dessiné le coffret des Contrechants de ma mémoire, et Med Hondo qui a récemment mis en scène, La Guerre de 200 ans, de Kateb Yacine, à laquelle Serge avait participé comme comédien.

Serge, qui sera accompagné de quatre vrais et beaux musiciens, avec Philippe Mira au piano, Jean-My Truong à la batterie, Jack Thyssen aux basses, Jack Adda à la guitare, et Anaïs Moreau au violoncelle, et avec des artistes du son avec Frédéric Pierre, et de la lumière, avec Bruno Daraquy, pour une fraternelle fête de combat, qui sera, pour chacune et chacun d’entre nous, comme une carte de visite de nos combats futurs : Je crie pour me défendre, à moi les étrangers ! La vie est bonne à prendre et belle à partager. Alors ¿No pasarán?

Sylvain


Le Trianon, 80, bd de Rochechouart, 75018 Paris, M° Anvers ou Barbès.

Dimanche 16 mai à 17 h 30, lundi 17 mai à 20 h 30. 20 euros, et 15 euros pour les possesseurs de la carte de Radio libertaire. Tarif réduit : 10 euros. Billetterie à Publico, 145, rue Amelot, 75011 Paris.





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