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Cinéma

« Tales from the gimli hospital », « Archangel »

de Guy Maddin
Le jeudi 27 mars 1997.

Les deux premiers films de Guy Maddin, tournés en 88 et 90, sortent le 12 mars. « […] histoire du cinéma, c’est un peu comme un enfant qui aurait pu apprendre peut-être un petit peu autre chose. Un enfant qui naît et qui refuse absolument de dire les mots : papa maman, et on sent qu’il va faire autrement ; qu’est-ce qu’on en fait ? Il est déclaré anormal ; le cinéma muet a été déclaré anormal par la littérature ; […] on l’a normalisé en le faisant parler… » Jean-Luc Godard

Guy Maddin créé un langage cinématographique qui « aurait appris à parler autrement ». Renouant avec le muet des années 20, un muet dont le langage aurait continué à évoluer, par delà la rupture engendrée par l’irruption du son, il nous offre un cinéma d’avant garde qui explore les possibilités d’expression de la « musicalité cinématographique » de ce langage abandonné : un langage qui portait en lui des potentiels d’expression surréalistes, oniriques et de recherche expérimentale, si l’on en juge par les films de Maddin. Le noir et blanc est travaillé, interprété, de manière à « distordre » l’image, jusqu’à l’obtention d’effets abstraits qui se détachent sur une trame traitée, souvent au second degré, dans le style des années 20. Cela signifie-t-il pour autant que les films de Guy Maddin sont « a-sonores » ? Non, bruits, musique et parole (rare) sont les thèmes contrapunctiques d’une symphonie cinématographique, dans laquelle l’image a sa musicalité et sa fonction narrative propre.

Tales from the Gimli hospital et Archangel sont des « comtes de fée » surréalistes : les forces oniriques de l’inconscient exprimé dans les légendes, les distorsions de la perception, régissent un univers déjanté, dont la logique repose sur une mécanique de l’absurde et de la dérision ; la farce côtoie l’humour noir.

Dans Tales from the Gimli hospital, Guy Maddin créé sa propre saga de Gimli, fondée sur les légendes et coutumes de ce village de pêcheurs Situé à 100 km de Winnipeg, ville natale de l’auteur, Gimli abrite une communauté islandaise immigrée en 1870, à laquelle appartenait la grand-mère de Maddin. À peine débarqués, les malheureux durent affronter une peste bubonique. Transposé dans les années 20, cette épidémie est la toile de fond d’un huis clos qui se déroule dans une chambre d’hôpital : deux hommes, oscillant entre fièvre, délire onirique et souffrance s’échappent par la narration de comtes étranges et fantasmatiques qui se croisent et se rejoindront dans l’histoire de la belle Sjnofridur. Mais bientôt naissent la rivalité, et la jalousie, qui culmine dans un combat — sans vainqueur — de glima, une variante du sumo, d’une rare violence.

Archangel, tragédie de la grande guerre, repose sur un fait réel : des soldats spéciaux alliés assez âgés, souvent estropiés, furent envoyés à Arkangels pour protéger un stock d’armes. Ces hommes se trouvèrent alors combattre leurs anciens alliés, les russes devenus bolcheviks. Le film est fondé sur la logique du rêve : son thème principal est l’amnésie, le « manque » de mémoire. Maddin a d’ailleurs utilisé, en accord avec les acteurs, l’hypnose pour certaines séquences. Philbin, aviateur belge, a perdu la mémoire et ne reconnaît plus sa femme, Veronkha. Boles, lieutenant canadien unijambiste aime Iris, morte. Il prend Veronkha pour elle. Veronkha croit qu’elle a perdu la mémoire et que Boles est son mari. Douchnak, femme soldat russe blanche, aime Boles… Ces « ombres » se croisent, se perdent en une ronde onirique, au hasard d’une grande guerre filmée comme elle aurait pu l’être à l’époque : Maddin recréée des images de propagande dont il démonte les mécanismes avec un humour noir caustique.

M.R.





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