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Télé de quat’sous

Entretien avec Gérard Courant

Le jeudi 27 mars 1997.

Au festival des films chiants qui se déroule à la Picolthèque du 25 mars au 3 avril à partir de 20 h 30 vous pourrez voir ou revoir le 3 avril Les aventures d’Eddie Turley de Gérard Courant.

Entièrement réalisée en images fixes, cette « science fiction poétique » fut tournée en décors naturels. L’auteur du « film le plus long du monde », le cinématon (120 heures de portraits de 3 minutes en plans fixes), recompose le mouvement à partir de photographies : il créé un univers fantômatique en noir et blanc, Moderncity la totalitaire, où évoluent des silhouettes échappées du roman noir américain.

Le cinéma indépendant était au sommet de la vague, à Cannes cinéma en France s’appelait Perspective, Les aventures d’Eddie Turley était sélectionné…

« Le distributeur, Manuel Poirier m’a dit, tu es passé à la limite, un an après c’était trop tard. Le film n’est d’ailleurs sorti que deux ans après Cannes, en 1989. Il n’a pas obtenu l’avance sur recettes, ni l’avance après fin de film.

 » J’ai eu la chance d’arriver à Paris à la fin des années 70, alors que le cinéma indépendant était présent sur les écrans. Depuis la fin des années 80, c’est la lente dégringolade, qui touche aussi bien les arts plastiques, la musique ou le théâtre. L’heure est à la rentabilité à court terme. Même la cinémathèque est touchée.

 » J’ai mis 4 ans à réaliser Les aventures d’Eddie Turley. J’ai tourné pendant un an en super 8, à Paris, Berlin, New York, que je mélange souvent dans une même séquence, mais il n’y a aucun décor. Je voulais créer un film de science fiction à partir d’éléments réels : c’est une réalité recomposée. Ensuite, j’ai choisi des photogrammes du film super 8 dont j’ai tiré 7 000 photos, deux ans de travail. J’en ai gardé 2 400 que j’ai retravaillées au banc titre, en 35 mm

 » (6 mois), puis j’ai monté : 6 mois également. C’est un pari : je voulais démontrer que l’on pouvait faire naître le mouvement avec des images fixes. Le cinéma, n’est pas mouvement, c’est l’illusion du mouvement : 24 images fixes par seconde.

 » J’ai toujours eu un rapport avec la photographie, bien que je ne sois pas photographe. Avant les aventures d’Eddie Turley, j’avais réalisé, entre autre, un long métrage à un seul personnage, comme un photographe avec son modèle, sans parler du cinématon…

 » Je voulais faire un film de 24 heures, j’ai dépassé mon objectif. Je voulais confectionner une mémoire des gens dans le milieu artistique, après ça s’est étendu, mais au début, c’était des amis du cinéma indépendant. Je voulais garder une trame de ces gens là : c’était des inconnus. Je pensais, peut-être redécouvrira-t-on leur oeuvre dans des décennies. Il restera un fragment de vie de trois minutes et demi.

 » Le premier cinématon ? J’ai filmé la concierge de mon immeuble, rue de l’ouest. Au rez de chaussée, nous avions une association, une coopérative de cinéastes. Les voisins se plaignaient du bruit. Elle prenait toujours notre défense, nous gardait les copies de films. C’était une dame de 75 ans, elle n’avait jamais été filmée, elle n’était jamais sorti du 14e à Paris.

 » Depuis 5 ans, je monte mes carnets filmés : des repérages, des fragments de vie, des essais, des films inachevés, bref, un journal filmé que j’ai commencé à la fin des années 70, que je n’avais jamais monté jusqu’alors.

 » Le cinéma indépendant est au creux de la vague, mais je ne suis pas "négativiste". Il faut continuer à faire des films et à maintenir le cap. Un artiste ne doit pas baisser les bras à cause des contingences économiques ou politiques. On peut toujours dégringoler d’un format, du 35 au 16, du 16 au super 8, du super 8 à la vidéo, j’ai tourné sur tous les supports. Il suffit de se procurer un projecteur, de projeter des films et de faire venir des gens. C’est trop facile de dire : c’est plus dur qu’avant et de ne rien faire. C’est au contraire quand c’est difficile qu’il faut se battre. Le festival des films chiants, c’est très bien, mais il ne faut pas que Pierre Merejkowski, l’organisateur, soit le seul : il faut que cela donne des idées, que se créent d’autres îlots de résistance. »

Michèle Rollin


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