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EDF-GDF

Le Bras de fer

par Guy
Le jeudi 24 juin 2004.

Depuis le 8 avril, quand plusieurs centaines de coupures ont été comptées, avec notamment la moitié de la ville de Rouen dans le noir et l’éclairage public de Lille coupé, on sentait bien que ça ne demandait qu’à partir. Des actions de remise de compteurs à des démunis continuaient, sans que l’information en soit diffusée. Sacrée pourriture de médias !

Ça barde !

Puis vient la manif du 27 mai, à l’appel des syndicats FO, CGT, CFDT, SUD et CFTC : énorme manif regroupant plus de 60 000 personnes à Paris. Les fédérations syndicales appellent, ce 27 mai, à poursuivre le mouvement, « sous toutes ses formes ». Bien leur en a pris : il ne s’agit pas d’énumérer toutes les actions (connues), elles sont vraiment trop nombreuses. Citons quand même :

  • Bourges : coupure du centre-ville ;
  • centrale du Bugey bloquée ;
  • Paris : coupures des gares de Saint-Lazare, Lyon et du Nord ;
  • opérations péages gratuits : Mantes, Lyon, Toulouse, Tours, Tulle, Bayonne, Montluçon, Cahors, Montélimar, Valence…
  • usine de la Rance : baisse de production ainsi que dans la plupart des centrales de production ;
  • des milliers de coupures sectorielles visant des industries, mairies, etc.

Dans la semaine du 2 au 7 juin.

Au cours de la semaine suivante, l’imagination fait flèche de tout bois : députés, patrons, ministres, gros clients ont été placés en situation de « pénurie » : l’éclairage public de nombreuses villes a été coupé dans la nuit du 14 au 15 juin :

  • à Rouen, la Banque de France coupée, la Poste, le siège du transport gaz : l’entrée du centre a été murée de compteurs, campagne de dératisation (subtilisation des billes de souris d’ordinateurs), opération Bibendum (dégonflage des pneus des voitures bleues) ;
  • le château de Bitty, de Chirac, a été encerclé par des voitures bleues ;
  • terminaux méthaniers de Fos et Montoir à l’arrêt : aucun navire déchargé.

Bref, même si les vigiles gardent beaucoup de postes EDF, la direction est un peu perdue et ne sait plus d’où peut venir la coupure, le blocage de sites.

Pendant ce temps-là, Sarkozy…

Le texte de loi porte essentiellement sur le changement de statut des deux entreprises publiques, la suppression du régime de spécialité qui s’applique à leurs activités ainsi que la réforme du financement de leur régime de retraites. De manière à pouvoir se comporter entièrement comme une entreprise libérale, EDF et GDF pourront proposer à leurs clients des offres multi-énergie et, pourquoi pas, des produits financiers…

Pour mieux allécher les salariés EDF, Sarkozy a proposé que le montant des actions destinées à ces derniers puissent atteindre 15 % du capital. C’est sûr, quand on vit comme un porc, que l’on pense que tout peut s’acheter et se vendre au plus offrant, puisqu’on a pu le pratiquer soi-même, la dignité et la défense de valeurs comme le (vrai) service public, l’accès à l’énergie pour tous, la gestion des besoins et de la production par les travailleurs et populations (droits qui restent principalement à conquérir), sont insupportables et n’appartiennent pas à la planète des requins, assoiffés de sang et de pouvoir.

Ça va continuer ?

De nouvelles actions sont prévues, à l’initiative des grévistes réunis en assemblées générales. Même si l’on peut se réjouir de constater tant d’audace, où les réflexes d’auto-organisation et d’action directe jouent encore, il faut également garder une certaine lucidité et réaliser que la mobilisation est contrastée.

Les grèves ne sont reconduites qu’en certains endroits et des appels à manifester ou réaliser des actions, parfois, très simples ne sont pas toujours entendus.

Même si les fédérations syndicales cautionnent la plupart des actions, tout en privilégiant parfois des méthodes plus orthodoxes, les discussions battent leur plein avec toute l’ambiguïté qu’elles peuvent contenir.

Mardi 15 juin, EDF et GDF ont annoncé le recrutement de 4 700 salariés avant décembre 2005. Encore un appui pour Sarkozy, qui use de ce bras de fer avec les salariés pour des objectifs personnels : il espère gagner ce match et se servir de cette victoire comme une certification, celle d’avoir réussi le changement de statut d’EDF et vaincu la principale fédération syndicale, « à la française », en ne touchant pas (sic) aux garanties sociales.

Jean-Christophe Le Duigou, négociateur filou de la CGT, sent déjà venir l’opportunité d’une défaite dans l’honneur. Tout récemment, il déclare : « Le gouvernement doit rediscuter son projet d’ouverture du capital. » De même, les syndicats, semblant découvrir l’impossibilité technique d’ouvrir le capital avant un an et présentant cette pseudo concession comme une victoire, pourraient se repositionner sur le maintien public de l’actionnariat de l’entreprise et non plus sur son statut d’établissement public. Va falloir être vigilants.

Et continuer la lutte. De toute façon, il n’y a vraiment pas le choix.

Guy


Guy est militant du groupe de Rouen de la FA et syndicaliste CGT-EDF.





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