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Luttes de classes en Chine

ou apprendre à lire à travers les lignes
Le dimanche 20 juin 2004.

Il est toujours très difficile de savoir ce qui se passe dans ce pays immense où la censure n’est pas un vain mot. Des informations passent pourtant à travers les canaux officiels et les pages économiques des journaux occidentaux. Avec les précautions d’usage et la possibilité de croiser les informations, on peut en déduire qu’il se passe des événements sociaux importants.

Un exemple, la rubrique « Money & Business » du New York Times, publiée par Le Monde du 25-26 avril dernier, est consacrée à l’exportation possible de l’inflation chinoise dans le reste du monde. On y apprend dans cet article que le coût de la vie aurait tellement augmenté en Chine centrale que le gouvernement provincial aurait fait pression sur les entreprises locales pour qu’elles augmentent de 10 % le salaire de leurs employés. Inversons cette information, et nous apprenons que des mouvements sociaux d’une ampleur certaine ont amené le gouvernement provincial, incapable de les maîtriser, à faire pression sur les patrons locaux. La situation serait identique en Chine du sud où le patron d’une entreprise de céramique a été obligé d’augmenter ses ouvriers de façon importante. Un fabricant de machines situé dans le centre du pays dit avoir augmenté ses ouvriers de 10 à 20 % pour compenser l’augmentation du prix du riz. Il déclare, dans la foulée, avoir augmenté le prix de ses machines à l’exportation de 25 à 30 %. Ce qui signifie en clair que le prix des produits en provenance de Chine augmente, et que si nos patrons veulent garder leurs marges nous allons devoir payer plus.

Un autre exemple, le patron de la deuxième entreprise pétrolière chinoise a été remercié, nous rapporte le Financial Times. On apprend à cette occasion que sa gestion de l’accident industriel qui se serait passé dans une raffinerie et qui aurait fait plusieurs centaines de morts et quelques milliers de blessés a été jugée catastrophique par le pouvoir central. On lui reproche aussi d’avoir réglé de façon trop autoritaire des mouvements sociaux ayant eu lieu en 2002. Le pauvre homme ne serait plus que membre suppléant du comité central alors que son concurrent le plus direct, président d’un autre groupe pétrolier, est membre titulaire.

L’autre problème que rencontrerait le pouvoir chinois est celui de la surchauffe industrielle, selon la presse occidentale. Cela toucherait deux secteurs, celui de l’électricité et celui de l’acier.

Le patron d’une usine de motos dit avoir été obligé de fermer son usine trois jours par semaine par manque d’électricité. Puis le Financial Times rapporte que le gouvernement de la province méridionale du Guangdong aurait forcé 4 000 entreprises locales à couper l’électricité deux jours par semaine pour empêcher le réseau électrique de sauter. D’autres entreprises sont invitées à réduire leur consommation de 10 à 20 %. La réaction des patrons locaux a été soit de délocaliser (!) leur production dans des endroits où il n’y a pas encore de coupures d’électricité, soit de mettre en place des groupes électrogènes. Cette dernière mesure a eu pour conséquence la raréfaction de carburant diesel.

Ce que ces journaux ne disent pas c’est que ces coupures d’électricité ont pour conséquence première la mise sur le carreau des ouvriers de ces entreprises qui, probablement, n’apprécient pas ces congés forcés qui équivalent à un manque à gagner. L’augmentation des salaires mentionnée plus haut y est sans doute liée. Peut-être y a-t-il eu des mouvements de mécontentement dans les centrales électriques forcées de produire davantage sans augmentation de salaires. Pour qu’un tel rationnement ait eu lieu, au niveau d’une province de plus de 78 millions d’habitants, on peut supposer l’existence d’un mouvement concerté.

Dans le domaine de l’acier, la situation est semblable. Près de Shanghai, dix cadres d’une entreprise de construction ont été emprisonnés pour « construction illégale d’une aciérie ». Cette mesure rentre dans les efforts faits par le pouvoir chinois pour maîtriser l’explosion industrielle. C’est l’attitude traditionnelle, depuis des siècles, de la bureaucratie céleste. Quand on ne maîtrise pas, on arrête ! Dans ce cas précis, il y a fort à parier que, dans ce contexte, l’avis ou l’attitude des premières victimes de ce chantier ont dû être pris en compte. En effet, 4 000 fermiers et leur famille ont été expulsés de cet endroit et, depuis, vivent sous des tentes, sous des ponts ou dans des bateaux de pêcheurs abandonnés. S’il y avait des fermiers, c’est qu’il y avait certainement des cultures de riz, cette expropriation forcée entraîne donc un manque de production de cette céréale dont les prix sont déjà en train de flamber. Ceci ajouté à des crédits financiers d’un milliard d’euros obtenus frauduleusement doit faire désordre.

L’Empire céleste a des problèmes. C’est ce que j’annonçais dans mon précédent article sur la Chine, je ne pensais pas que cela viendrait si tôt.

Pierre Sommer





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