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Fédération anarchiste

60e congrès

Le jeudi 19 juin 2003.

les 7, 8 et 9 juin, les anarchistes fédérés ont tenu congrès, accueillis par leurs camarades de Besançon. L’occasion d’échanger sur nos implications militantes et aussi de cuisiner de nouveaux projets pour étendre nos idées et pratiques. Deux motions ont adoptées par cette assemblée.



Motion antipartriarcale

Le 60e Congrès de la Fédération anarchiste réaffirme la nécessité de la lutte antipatriarcale, définie comme la lutte contre le système social qui organise la domination politique, économique, culturelle et sociale des hommes sur les femmes au travers des constructions sociales que sont la « féminité » et la « masculinité », intégrées à grand renfort de modèles éducatifs sexistes.

Inégalités de salaires, d’accès à la parole, domination et violence physique, psychologique et sexuelle, exploitation économique des femmes et des enfants au moyen du travail domestique, homophobie, lesbophobie et transphobie, aliénation individuelle par les schémas virilité/soumission, déni du droit des individu-e-s à disposer de leur corps, restent la triste réalité sociale.

Afin de reprendre l’offensive sur le sujet, il convient d’agir selon deux axes :

- Sur le plan social : s’attaquer aux fondements du patriarcat et sa matérialisation, le sexisme, de manière collective et organisée : contre le publisexisme, contre les modèles sociaux masculins/féminins obligatoires, contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie, contre la prostitution et la pornographie, pour le droit des femmes à disposer de leur corps, contre l’exploitation économique (utilisation du travail gratuit des femmes dans la sphère domestique, inégalités des salaires). Pour cela, dans la mesure du possible, des outils collectifs (campagnes, affiches, autocollants) seront mis en place sur proposition notamment de la commission antipatriarcale.

- Assurer la place des femmes et des féministes au sein des organisations dans lesquelles nous sommes investi-e-s. Pour cela, nous devons être particulièrement vigilant-e-s quant à nos pratiques individuelles et collectives : remise en cause des fonctionnements et comportements sexistes intégrés du fait de l’éducation, création d’un cadre fraternel et sororal de discussion permettant un accès égal et réel des femmes à la parole. De même, la féminisation des textes, autocollants et affiches produites est souhaitable, en ce que le langage est l’intermédiaire par lequel nous donnons sens aux choses et aux phénomènes sociaux, économiques, culturels, politiques, etc. Sous-estimer l’importance du langage et surtout du langage genré, c’est renoncer à s’attaquer à un facteur important de reproduction sociale de l’ordre patriarcal.

En tant que femmes et hommes militant à la Fédération anarchiste, nous savons que nous ne nous situons pas en dehors des rapports de domination qui structurent cette société, même si nous aspirons à en sortir afin de réaliser la liberté réelle et l’égalité politique, économique et sociale. Nous devons donc nous donner les moyens de les déconstruire au niveau individuel et de les abolir au niveau collectif, par l’action individuelle et la lutte sociale, qui sont complémentaires et en rien contradictoires.

C’est donc à l’ensemble des militants et militantes de la Fédération anarchiste de faire exister cette problématique et ces pratiques, en ce que nous refusons toute hiérarchie entre les luttes.


Construisons la grève générale !

Le mouvement social actuel, avant de devenir massif, fut impulsé par les maîtres d’internat-surveillants d’externat (MI-SE), les aides-éducateurs et les emplois-jeunes. Le conflit, entamé en octobre 2002, trouva un souffle nouveau lorsque l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale réagirent à la loi sur la décentralisation (plan Ferry).

Puis, l’annonce du plan Fillon mobilisa plus largement encore. Elle entraîna la jonction de la lutte avec le secteur privé, et avec une dimension interprofessionnelle. La décentralisation de l’État, initiée par la gauche en 1983, et la casse du service public répondent à une maximisation des profits, voulue par le capital. Elle passe par l’abaissement du coût global du travail (licenciements, précarité, flexibilité) et la recherche de nouvelles sources de profits à des fins de spéculation (privatisation des services publics, remise en cause des retraites et de la protection sociale)

Parallèlement à cela, les gouvernements successifs ont adopté des dispositifs sécu-ritaires (loi sur la sécurité quotidienne et loi sur la sécurité intérieure) dont les travailleurs et les travailleuses en lutte subissent les effets de plein fouet. Face à la répression, l’entraide et la solidarité doivent être nos réponses.

Malgré la montée en puissance du mouvement et la généralisation de la grève reconductible, les directions syndicales n’ont pas entendu les attentes des salariés en lutte : pas d’appel à la grève générale, journées d’action éparses. Sur le fond même, les trahisons attendues et l’absence de positions lisibles des confédérations majoritaires sont les éléments supplémentaires qui freinent les dynamiques de lutte. D’autre part, toujours soucieux de préserver les intérêts du patronat et de l’État, les médias après avoir les avoir tues, minorent maintenant les mobilisations.

L’effervescence du mouvement a permis des liens entre différentes catégories de personnels, la mise en cause de la hiérarchie syndicale, la volonté d’échanger de l’information, l’émergence de créativité solidaire, des actes de désobéissance et, surtout, la constitution et la pérennisation d’assemblées générales et de comités de grève souverains. C’est ce type de pratique libertaire qui a seul permis la continuité de la mobilisation.

Quelles que soient les concessions qui seraient faites par l’État, la logique capitaliste sera toujours à l’œuvre, comme cela se passe aussi dans d’autres pays (Autriche, Allemagne, Portugal, etc.). Seule la grève générale autogestionnaire et l’extension du conflit, y compris en dehors du monde du travail, permettront non seulement de mettre à bas les plans patronaux et gouvernementaux, mais aussi d’ouvrir les perspectives d’une autre société.

Les militant-e-s de le Fédération anarchiste investi-e-s dans les luttes sociales en cours appellent :

  • à intensifier et étendre le mouvement sur des bases autogestionnaires ;
  • à généraliser la grève interprofessionnelle public-privé ;
  • à construire les bases d’une société libertaire fondée sur le partage égalitaire des richesses dans une optique émancipatrice qui passe par l’abolition du salariat et du capitalisme.




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